Archives de Catégorie: Tourner des pages

Le réveil

Il y a des prises de conscience plus brutales que d’autres. Il y a ces moments, où on semble se réveiller, comme après un drôle de rêve qui aurait duré des mois. Après un sommeil trop profond, après une cuite ou un excès de somnifères.
On ouvre un oeil, doucement, on se sent complètement dans le brouillard, tout engourdi et étourdi, et finalement ravi que tout cela n’ait été qu’un rêve.

Depuis quelques temps je me sens par moments un peu comme ça. J’ai l’impression d’avoir fait des choses qui ne me ressemblaient pas. Et pourtant c’est bien moi qui les ai faites. Je crois que mon besoin quasi pathologique d’être appréciée a eu raison de mon libre arbitre. Quand on est en besoin, en demande, on est vulnérable. Je ne minimise ni mes actes ni mes responsabilités, je réalise que j’ai été docile, soumise.

Et je demande pardon.

A ceux que j’ai blessé, que j’ai raillé, que j’ai attaqué.
J’ai fait du mal et je m’en rends compte. J’assume ce que j’ai fait et dit, c’était malgré tout bien moi qui parlait.
Je réalise que j’ai été injuste et je vous présente mes excuses.

Je pense à Gwen, à Susa, à Emma et à Cass. Il y en a d’autres encore sûrement, je suis là pour en parler si elles le souhaitent.

Un article certainement peu compréhensible pour beaucoup, mais qui je l’espère sera lu par d’autres.

Je ne vous demande pas de me pardonner, je veux juste que vous sachiez que je suis désolée.

La page est tournée, un nouveau jour commence et il fait beau.

Bonne journée :)

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Classé dans Grandir, Tourner des pages

Sophie

Ma fille joue dans un coin du salon. Elle s’amuse à sortir tous les papiers d’un casier de la bibliothèque. Je m’apprête à les ranger et en profite pour y jeter un oeil. C’est à mon homme. Des partitions, des livres de cuisine. Au milieu je trouve une demie feuille à petits carreaux pliée en deux. Je l’ouvre et lis quelques mots écrits au stylo bleu par une main visiblement jeune. Des mots d’amour d’une ancienne amoureuse. Il y a son nom et son adresse, et un petit texte. Elle l’aime et il lui manque.

Mon coeur ne se serre pas. Je ne suis pas en colère, je ne suis pas jalouse. Je suis attendrie. Emue. Si ça se trouve il ne se souvient même pas qu’il a toujours ce petit mot. Il a du être amoureux lui aussi pour conserver précieusement cette petite feuille pliée au cours de ces années.

Je suis alors submergée par un sentiment d’amour fou. Je vois le visage de mon amoureux, son sourire, ses yeux. Je me sens tout à coup toute emplie de lui. Je l’aime. Passionnément. Je prends mon téléphone et lui envoie des mots d’amour. Je viens de réaliser que je ne suis pas jalouse de son passé, de ses anciennes amantes, je l’aime lui pour ce qu’il est aujourd’hui, certainement grâce à elles. Je l’aime comme personne, comme jamais. Je ne veux plus que lui pour toujours et je ne me vois que dans ces bras.

Je ne t’ai jamais dit ici à quel point je t’aime. J’ai parlé de certains, d’avant, un peu de toi aussi, mais jamais à toi.

J’aime ce que nous sommes, la famille qu’on bâtit, l’amour entre nous. J’aime notre quotidien et notre routine. J’aime étendre tes chemises et dormir dans tes bras. J’aime que tu me manques.

J’ai replié le petit mot, je l’ai remis à sa place.

Je sais ce qu’il a signifié, ce qu’il signifie pour toi aujourd’hui. Peut-être plus rien, peut-être un souvenir plein de tendresse.

Je le remets à sa place et je te laisse ton passé.

Peut-être qu’un jour, je la rencontrerai.

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Classé dans A l'école, Où il est question d'amour, Tourner des pages

Et sinon

J’ai reçu ce soir un sms de mon ex qui m’a automatiquement foutu le moral dans les chaussettes. J’ai commencé un billet énervé et enragé, et puis je me suis dit que fuck, il mérite même pas ça de moi. Il mérite pas que je lui consacre un billet, ni même une pensée, et encore moins que je sois triste.

Alors au lieu de faire un billet-lamentations, j’ai décidé de plutôt faire la liste de choses qui me font du bien.

Parce que le moral, l’estime de soi, et la bonne humeur, commencent d’abord par une décision. Le bon attire le bon. Alors je décide de penser à des choses belles.

La liste de 7 choses qui me font du bien.

1- Me coucher dans des draps frais

2- Lire un bouquin dans un bain chaud

3- Ecouter ma fille ronfler, et en rire

4- Ouvrir une boîte de chocolats et choisir celui que je préfère

5- Ecouter la neige crisser sous mes pas

6- Rester au lit le dimanche matin et me blottir contre celui que j’aime

7- Boire un chocolat chaud, blottie dans mon canapé sous le plaid de ma grand-mère

Et le pire, c’est que ça marche :)

(billet gnan-gnan à souhait, totalement assumé)

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Ouvrir les yeux

Trop longtemps sans écrire, je me demandais pourquoi. Pas envie, pas le temps, rien qui vient ou pas comme je voudrais en tout cas.

Une embrouille à la con avec un vieux sur un parking, pour une histoire de place de stationnement que je lui aurais piqué. Il me lance 2-3 joyeusetés, je reste stoïque et digne, j’accompagne le petit à l’école. Je rentre chez moi et je me rend compte que plusieurs heures après je suis encore toute bouillonnante, en colère. Je couche ma fille et en lui souhaitant de beaux rêves je fonds en larmes.

Ca va pas. Faut que j’arrête de me mentir, ça va pas. Je crois bien que tout le monde le voit sauf moi. Je passe mes journées à gueuler après mon gamin, je supporte plus que mon mec me frôle, je lève les yeux au ciel quand ma mère me saoule. Je suis à cran.

Je suis chez moi, dans la salle de bain, devant le miroir. Cette fois je me vois. Je vois ma laideur, mon obésité, mon mauvais goût, mes mauvais choix. Je vois ce visage fermé, ces cernes qui s’allongent de jour en jour. Je vois la pince ridicule dans mes cheveux pas coiffés, mes fringues, le haut qui va pas du tout avec le bas, mon corps difforme qui tente désespérément de s’échapper de ces vêtements trop étroits.

J’ai mal à la gorge d’avoir crié trop fort, une fois de plus. J’ai mal au dos. Bon sang que j’ai mal au dos depuis des semaines et des semaines.

Je me regarde dans ce miroir terne, je me demande si c’est ça la vie, si c’est ça MA vie. Comment j’en suis arrivée à me détester au point de le faire payer aux autres.

Je veux pas être cette mère défoncée aux cachets. Pas cette mère au teint gris, qui fume beaucoup et qui pleure beaucoup trop, et qui finira un jour par balancer sa voiture contre un platane.

Je réalise que ça va pas quand les jours heureux deviennent exceptionnels.

Alors je prends mon téléphone dans une main et mon courage dans l’autre.

J’ai rendez-vous avec un psy.

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Juste avant

Juste avant, elle allait se coucher, tranquille, elle voulait regarder un film, hésitait entre ce blockbuster dont elle connaissait déjà l’histoire et cette série qui à coup sûr l’aiderait à s’endormir.

Juste avant, elle avait couché sa fille, elle l’avait regardée dormir et avait ri en voyant les coins des lèvres se lever dans un sourire aux anges.

Juste avant, elle avait enfilé un pyjama. Celui-là même qui est si laid et pourtant si confortable.

Juste avant, elle avait souhaité bonne nuit à son amour, lui avait dit à demain.

Juste avant, elle avait vérifié que son réveil était bien branché, elle s’était dit que le lendemain elle irait au marché.

Juste avant, elle se disait qu’elle avait envie de se marier avec lui. Lui le roc, lui le bel, lui le pilier.

Et soudain elle avait senti le ventre s’ouvrir, le coeur s’emballer. Bondir et bondir plus fort. Elle n’arrivait plus à lire, son coeur faisait un bruit assourdissant, emplissant ses oreilles, troublant ses sens. Elle cru qu’elle allait mourir là, comme ça, devant la lumière scintillante de l’écran. Elle a laissé sa tension retomber, elle a attendu d’entendre à nouveau. Elle a relu les mots sur l’écran, encore et encore, jusqu’à être certaine qu’ils étaient bel et bien là.

Juste avant de découvrir les lignes assassines, cruels échanges, de son amour avec une autre.

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Classé dans Le jour où, Tourner des pages

Pourquoi oui, c’est si grave.

 

Mille fois que je me demande comment aborder le sujet, ou même si je l’aborde. Mais merde, ça me travaille, plus que ça devrait peut-être, mais pour moi c’est important, viscéral, intime et profond.

Tout est parti d’un truc super con au départ, le prime de Secret Story. Super con, j’avais prévenu. Dans l’émission de la semaine dernière, grosse engueulade entre Thomas et Nadège, pression des anciens, montage de bourrichon d’un côté et de l’autre, et ce moment où Julien prévient la prod « euh… ils sont en train de se battre à l’intérieur ».

Twitter s’enflamme, Facebook s’enflamme. Thomas aurait giflé Nadège, à moins que ce ne soit elle, non non c’est bien lui, il serait exclu, hein quoi, qu’est-ce qu’il se passe ?

Avec quelques amies, on est en train d’en parler. On a pas bien vu, pas bien compris. L’une d’elles nous met en lien une vidéo qui à peine quelques minutes après circule déjà. On revoit donc la scène, Julien qui prévient la prod, « ils sont en train de se battre ».

Et puis les cris, les bruits violents comme des coups, comme des objets cassés, et dans un coin de l’image, un homme qui pousse une femme, la femme tombe. Rien de plus. Mais rien de moins non plus.

Non, je veux pas faire un article sur Secret Story. Mais plutôt sur ce qui a suivi. Je vois les images et je me dis « wow, c’est hyper violent quand même ». Partout, sur Internet, on voit des « c’est tout ? c’est bon, c’est pas SI grave. C’est pas NON PLUS comme si elle avait pris une tarte ! »

Et là je suis vraiment pas d’accord. La violence, elle commence où ? Est-ce qu’une tarte dans la gueule c’est plus grave qu’un coup de poing dans le ventre ? Est-ce que se faire traiter de pute c’est plus ou moins grave que de se faire pousser ? Est-ce que pousser quelqu’un parce qu’on pète un plomb c’est moins grave que si on le fait en voulant faire du mal ?

Je suis plus d’accord parce que pour moi la violence, ça commence super tôt. La violence, c’est pas juste un coup. Est-ce que la menace d’un coup c’est pas déjà de la violence ?

Ce soir là, je m’enflamme vite. Parce que ça me touche trop. Parce que quand on subit la violence de quelqu’un on porte une culpabilité qui vient de je sais même pas où. Mais qui est là quand même. Parce qu’on s’est pas défendu, parce qu’on a pas rendu, parce qu’on s’est roulé en boule dans un coin plutôt que de prendre une autre torgnole. Parce qu’on a baissé la tête. Et de se prendre en face que « c’est bon, c’est pas SI grave », ça ajoute drôlement au poids qu’on porte déjà.

Dans ces cris, dans ces bruits de coups, dans cette image de cet homme qui pousse cette femme, j’ai revu beaucoup de choses. Je suis repartie un peu plus de 15 ans en arrière. Quand il se dressait devant moi, chaussure à la main, quand il me menaçait comme un chien. Quand il me disait que je valais moins que ça. Quand il riait de mon infériorité, de ma peur. Quand il me frappait d’avoir osé lui adresser la parole. Quand il me battait d’avoir voulu changer de chaine à la télé. Quand il m’insultait d’avoir prononcé un mot de plus de 2 syllabes.

Quand il pétait un plomb, qu’il perdait le contrôle, qu’il était trop énervé par notre père, sa journée pourrie, ou par le fait qu’il avait plus de shit.

Quand, comme cet homme, sa violence s’exprimait contre quelqu’un plutôt que contre un mur.

La différence entre les vrais hommes et les bêtes, c’est justement de pouvoir contrôler sa colère.

Et cette scène qui arrive, foutu hasard de la vie, le jour même où dans un mouvement de réconciliation, j’envoie un message à ce frère à qui je ne parle plus depuis plus d’un an. Ce frère qui ne connait pas sa nièce, qui ne s’intéresse pas à son neveu qu’il n’a vu que 3 fois, qui a choisi de rompre totalement avec sa famille. J’ai envoyé un message, auquel il n’a pas répondu, auquel il ne répondra pas, et je me sens encore comme cette petite chose fragile qui se roule en boule et qui passe sa vie à arrondir les angles et à se contorsionner pour satisfaire cet homme qui n’aime que lui.

 

 

 

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Les cartons d’invitation

Dernière semaine d’école. On entre, on dépose la casquette, le cartable. On croise d’autres enfants, d’autres parents, bonjour bonjour.

J’accompagne mon Précieux dans sa classe, comme tous les matins. J’avance un peu pour m’assoir sur un petit banc, je suis fatiguée. J’entends la voix d’une maman « tiens, donne ça à Sacha ! ». Je lève les yeux machinalement. Des cartons d’invitations. Encore. Cette fois, c’est l’anniversaire du petit Ethan. Aidé de sa maman, il distribue les petites enveloppes blanches. La mère, elle en fait des caisses. Elle me regarde. « Désolée pour les autres, on peut malheureusement pas inviter tout le monde hihihi ! ».

Son rire, il me fait un mal de chien. J’ai envie de pleurer.

C’est la dernière semaine d’école, et mon fils n’a jamais été invité à un anniversaire par un enfant de sa classe. Jamais.

Toute l’année, j’ai vu défiler les petites enveloppes blanches, les cartes avec des ballons dessus, des princesses et des voitures.

Toute l’année, j’ai entendu les parents reparler des goûters du mercredi, le matin devant l’école.

Toute l’année, je me suis souvenue avec émotion des anniversaires où moi j’allais quand j’étais petite.

Et puis l’année se termine. Et il n’aura jamais été invité à un anniversaire par un enfant de sa classe.

Mon coeur, ce matin, il était tout en miettes. En lambeaux. J’avais les larmes aux yeux et je lui souriais à la maman d’Ethan. Je lui disais « c’est pas grave ».  Bien sur que non c’est pas grave. Mais ça fait mal.

Je veux pas que mon fils reste seul. Je veux pas qu’il soit isolé, mis à l’écart. Je veux pas qu’il soit celui qui rejoindra les autres dans la cour en leur disant « hé ! vous parlez de quoi ? ».

Je veux pas qu’il soit l’enfant le plus populaire, je veux juste qu’il soit accepté, et vu comme faisant lui aussi partie du groupe.

Ce qui me rend vraiment triste surtout, profondément, c’est que ce soit de ma faute.

Je suis discrète, réservée, pas très sociable. Ça dérangeait que moi, c’était pas grave. Mais aujourd’hui, c’est mon enfant qui en paye les conséquences.

Si je savais parler, discuter, si je savais faire connaissance, plaisanter et entretenir une conversation, si j’étais pas si « moi », les choses seraient différentes.

Les parents, ils invitent les enfants des parents qu’ils connaissent. Et qui a envie de connaitre quelqu’un comme moi ?

Moi, je suis celle qui regarde par terre. Celle qui laisse des blancs dans la conversation. Celle qui semble ne pas s’intéresser aux autres. Celle qui reste pas pour papoter. Celle qui connait personne. Celle qui a pas de voisins.

Mais je sais juste pas faire.

Ça peut pas continuer. Ça doit pas continuer.

L’année prochaine mon coeur, l’année prochaine tu seras invité. L’année prochaine je ferai tout ce que je peux pour être invitable. Je mettrai mon costume de fille sociable, je m’entrainerai à parler pour rien dire, je m’intéresserai à la météo et au sou des écoles, j’accompagnerai les enfants en sortie scolaire, je ferai des gâteaux pour la kermesse.

Je te laisserai pas payer pour mes erreurs. Plus.

Dans une semaine, c’est les vacances. Et à la rentrée, on remet les compteurs à zéro.

Tu as tellement grandi pendant l’année qui vient de passer. A moi de grandir un peu aussi.

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