Archives de Catégorie: Ma Pêche

C’était l’été

C’était l’été. Dehors il faisait chaud. J’étais allongée sur mon lit et par la fenêtre ouverte j’entendais les sons du mois de juin, le vent dans les arbres, les oiseaux, les insectes.

J’étais étendue sur le côté, je somnolais. La main posée sur le ventre tout rempli de toi. Je te sentais bouger sous mes doigts, frapper contre le matelas. Je te parlais doucement.

Je regardais à côté de moi la place vide sur le lit.

Je fermais les yeux et je t’imaginais. Ce bébé que je ne connaissais pas encore.

Tu n’avais pas encore de nom et tu étais déjà tellement là. Je regardais émue cette place vide. Tu l’emplissais déjà. J’en pleurais de joie, d’impatience et d’amour.

J’avais un peu peur. Tu n’étais encore ni un « il », ni une « elle ». Tu étais juste toi et je t’aimais tellement déjà.

Aujourd’hui c’est l’automne.

Je suis étendue sur mon lit, je somnole.

Et à côté de moi, tu es là. Encore plus belle que tout ce que je pouvais imaginer. Tu es sur le dos, les yeux clos, les bras en l’air comme seuls les bébés savent le faire. Je regarde tes cils, tes yeux, ta peau de pêche et ta bouche si parfaite.

Je ferme les yeux, m’enfouis dans ton cou. Tes petits bruits de bébé ont remplacé les bruits de l’été.

Ma vie au rythme de ton souffle. Mon bébé.

 

 

 

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Mon coeur était gros.

J’étais impatiente. Un peu anxieuse, un peu pressée.

Un peu tendue.

Je le serrais très fort de peur qu’il ne m’échappe. De peur aussi, je crois, que quelque chose se passe, que je le voie différemment, que mon regard change, que mon cœur s’allège.

Je me noyais dans son cou et je le serrais encore plus fort.

Un peu anxieuse, un peu pressée.

Et puis elle est arrivée et j’ai laissé tout ça de côté. Je n’ai pas voulu trop m’attarder, trop réfléchir, analyser. Juste vivre.

42 jours plus tard je la regarde et je comprends.

Ce qu’on voulait me dire en disant « tu verras ».

Je vois.

Mon cœur est gros.

Il a doublé, quadruplé, décuplé.

Mon cœur est gros de tout ce eux.

De tout ce qu’ils sont, de ce qu’ils seront, de ce qu’ils étaient.

Mon cœur est plein de leurs yeux, de leur cou, de leurs bras.

De ses petits bruits quand elle dort, de son oreille qui se plie tout le temps, de la petite goutte de lait qui coule le long de sa joue quand elle a bien mangé.

De ses cheveux blonds à lui qui lui courent sur le front, de son zozotement que j’aime tant, de sa façon de manger le maïs, grain par grain.

Mon cœur est gros et je comprends. Ils prennent toute la place, ils débordent, ils m’emplissent.

Je les aime mes petits.

 

 

 

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Les apparences

On a tous des façons très différentes et personnelles de réagir à une même situation. Ce qui souvent peut amener à de mauvaises compréhensions, à des jugements, des interrogations.

L’arrivée d’un bébé dans une famille, famille au sens large, bouscule souvent beaucoup de conventions et met un grand coup de pied dans la fourmilière des idées préconçues.

Quand on connait les gens, on sait interpréter ou non leurs réactions, on sait lire ce qu’il y a en-dessous, on sait voir derrière les apparences.

Mon beau-père, c’est un dur. Un vrai de vrai, avec la moto, la moustache et tout. Gendarme en retraite, homme de la terre, c’est lui qui parle le plus fort et qui impose son point de vue. Il est droit et fier. Rien ne saurait l’attendrir.

Quand on lui a annoncé qu’il allait être grand-père, pour la première fois, il a pas bronché. On aurait pu lui demander le sel que ça aurait été pareil. Mais nous on sait que ça l’a touché.

Et puis ma Pêche est née. Il est venu avec sa femme à la maternité. Il l’a regardée. Il a dit « ah oui elle est jolie quand même. D’habitude les bébés ils sont tous fripés mais non, elle elle est belle. »

Il a regardé tout ça de loin. Si je le connaissais pas j’aurais pu croire qu’il s’en foutait. Il a regardé de loin, mais il l’a regardée, elle. Et puis au bout d’un petit moment ça a été trop, et il est sorti. Il a pris son air de gros dur et il a quitté la chambre. Il est allé dans le couloir, et il a pleuré.

Il a du se passer un million de choses dans sa tête. Il a vu ce bébé, ce minuscule bébé, son premier petit-enfant. Une fille.

Il a du penser à sa fille à lui. Sa fille qui n’a vécu que quelques jours. Son premier enfant. Une fille.

Après elle il a eu deux garçons.

Alors ma Pêche elle arrive, elle fracasse son coeur qu’il s’était fait tout en roc, la grosse barrière qu’il avait mis tout autour, le béton dans lequel il l’avait coulé, les ronces et les pièges pour que surtout personne ne l’atteigne jamais plus.

Ma Pêche elle arrive et elle ouvre tout grand son coeur de Papy.

Et il avait pas prévu ça.

Alors vas-y Papy, cache toi derrière toutes les apparences que tu voudras. Nous, on sait lire ce qu’il y a au-delà.

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Ma Pêche

Ma Pêche,

Peut-être, je l’espère, la dernière nuit que nous passons toutes les deux dans cet hôpital. Tu es là, à côté de moi, endormie dans ton berceau. Tu as mangé un peu, pas beaucoup. Tu as 3 jours.
J’ai pas beaucoup dormi depuis 3 jours. Je vole quelques minutes par ci par là, je prends quelques gouttes de sommeil que je tente d’assembler comme je peux pour garder un semblant de conscience.
Je te prends dans mes bras et je me shoote à ton odeur. Je me laisse envahir par ce parfum si doux qui n’est qu’à toi, je caresse ta tête du bout des lèvres, emplissant mes poumons, caressant ta peau de pêche, si veloutée, si douce et si sucrée.
Ma Pêche.

Il y a 3 jours, je t’attendais. Je m’étais levée comme tous les matins. J’avais plutôt bien dormi, et je m’étais réveillée avec énormément d’énergie. J’ai voulu en profiter pour faire mille et mille choses avant ton arrivée. Je me suis assise sur le canapé, et d’un coup, je ne sais pas trop comment, j’ai été envahie d’une grande émotion. Je me suis dit « c’est aujourd’hui » et j’ai été émue aux larmes. Immédiatement après, la grande rationnelle que je suis s’est ravisée et je me suis demandé pourquoi et par quoi j’avais pu être autant émue. J’ai séché mes yeux et repris mes activités.
Vers 15h, une sensation étrange. C’est le moment.

J’éclate de rire et de joie. Je te parle et je te dis « on va se rencontrer mon bébé, c’est aujourd’hui ». Je téléphone à ton papa, à ta mamie qui doit récupérer ton frère à l’école.
Je préviens mes amies, ta marraine, tes grands-parents. La terre entière en fait ! Je suis tellement excitée ! Je rassemble quelques affaires, je prends une douche, je cherche des vêtements.
Ton papa arrive et on monte en voiture. On rit et on se prend en photo. Je commence à avoir mal. Le travail commence. C’est parti.

On arrive à la maternité, on pose un monitoring pour écouter ton cœur et surveiller que tu vas bien. Les contractions sont fortes et j’ai vraiment mal. Ton papa fait ce qu’il peut pour m’aider mais il est impuissant face à tous mes refus. Je ne veux pas qu’on me parle, pas qu’on me touche.
La douleur augmente toujours. Des vagues de douleurs montent en moi. J’essaie de repenser à mes cours de sophro. Comment c’était déjà ? Ne pas se laisser envahir, rester calme, souffler. À ce moment là, je suis le contraire de calme. Je tente de m’apaiser. Je cherche la position, le lieu, l’ambiance qui sera la moins inconfortable. D’abord debout, et puis assise, puis à terre, non à 4 pattes, encore debout et finalement assise sur le lit.
Je me laisse complètement happer par le lit, je laisse la douleur couler sur moi. Parfois je n’arrive pas à contrôler, je me laisse envahir, mais ensuite je me reprends. Je me fais l’effet d’être un océan. Lisse en surface, bouillonnant en profondeur.

À 19h15 la douleur est insoutenable. Je décide de demander la péridurale sans attendre plus longtemps. La sage-femme m’examine, il semble qu’il y en ait encore pour plusieurs heures et ça me décourage un peu. « Ok pour la péri, on va préparer ça, l’élève va vous poser une perf ». L’élève sage-femme, c’est Noémie. Elle est belle, très douce, elle sourit. Elle tente sans succès de trouver une veine. Elle fini par abandonner et retourne chercher sa responsable. Pendant ce temps, je lui dis que la douleur augmente encore, que j’ai envie de pousser et que je ne vais pas pouvoir me retenir. « Ah mais si il va falloir ».
Elles reviennent et m’examinent de nouveau. « Madame, ça va trop vite, on ne va pas avoir le temps de poser la péri votre bébé arrive ».
Je me décompose.
Pas une seule seconde je n’avais envisagé que ça puisse être possible. Pas de péridurale. Je me mets à pleurer, j’ai peur, mal, et je n’y arriverai jamais.
Noémie me regarde droit dans les yeux. « ça va aller, vous avez fait le plus dur, vous allez y arriver ».
Une nouvelle contraction arrive et cette fois il va falloir pousser. Mon bébé arrive et il faut que je l’aide.
La douleur augmente, les serres de la contraction encerclent mon ventre, tout mon corps et je concentre toute cette énergie. Noémie me fixe, me demande de la regarder, elle me guide. Je reste dans ses yeux, il n’y a plus qu’elle et moi. Je sens mon bébé. Je sais que je peux l’aider et que je dois l’aider.

Je suis animale. Je mets toute mon énergie et toute ma force. Je sens le corps de mon bébé, il descend, il arrive. Je sens sa tête arriver, et puis sortir. Mon enfant nait.
Son cou, son corps qui se retourne. Une épaule et une seconde immédiatement après. Je devine le corps qui suit et un instant après, mon enfant est là. Mon enfant est né. Il est 19h59.

Je le prends dans mes bras, je l’embrasse, je lui parle, je pleure. Je regarde mon homme qui pleure aussi, je lui dis que je l’aime, je caresse son visage et j’embrasse notre enfant.
Aurélie, la sage-femme, nous dit « alors, vous avez vu ? – vu quoi ? – c‘est une fille ou un garçon ? ». On avait même pas pensé à regarder. Je soulève mon enfant et tous ensemble, on la découvre.
Une fille.
Notre fille.
J’ai une fille, je me dis, j’ai une fille. Ma fille, mon bébé, je suis si heureuse de te rencontrer, je suis si heureuse.
On s’embrasse, on se serre et on reste ensuite là, tous les 3. On n’en peut plus de te contempler. Tu es si belle, si parfaite. Tu sens si bon.
Je garde ton corps chaud contre le mien, encore et encore. Tu étais déjà dans mon cœur et tu es sur mon cœur. Tu es dans ma vie et tu deviens ma vie.

Tu as la peau douce, veloutée, une vraie peau de pêche.
Tu es ma fille pour toute la vie, et je t’aime à l’infini.
Ma Pêche.

À Noémie et à Aurélie, les deux anges qui ont guidé la venue de ma fille.
Et à toi, ma fille, ma fée, ma pêche, Cléo, née le 3 juillet 2012.

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