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L’esprit de corps

Petite précision avant propos.

J’ai commencé à écrire ce billet le 16 juin. Je prenais le temps de mettre mes idées en place pour le terminer, et puis j’ai voulu le supprimer, au regard de l’actualité récente. Et puis finalement, j’avais prévu d’en parler, donc allons-y gaiement, je vais pas modifier mes intentions pour ça.

Donc juste pour que les choses soient claires, cet article n’a pas été écrit en réaction à l’actualité récente, mais finalement, voilà.

J’ai beaucoup de mal avec les corporations, les esprits de corps, les groupes de professions, etc. Ce sont des choses, et des liens, que j’arrive pas à comprendre. Peut-être parce qu’il n’existe pas une « communauté » des assistantes administratives.

Ce qui me gêne, c’est que ça n’existe que pour certaines professions, et ça je ne le comprend pas. Comme je ne comprend pas les liens qui peuvent unir des personnes qui ne se connaissent absolument pas.

Mon ex avait été gendarme. Oui, « avait été ». Suite à une dépression, il a été placé en réserve. Mais pour lui, la gendarmerie c’était un truc à la vie à la mort. Genre on est tous des frères de sang quoi. Que ces métiers physiques, dangereux, créent un lien particulier entre les gens d’une même brigade, caserne ou je ne sais quoi, je l’entends parfaitement. Ils remettent leur vie entièrement dans les mains des collègues, forcément, ça crée des liens.

Mais mon ex, quand il apprenait à la télé qu’un gendarme était mort, il était déprimé pendant 1 semaine. Mais genre il pleurait et fallait pas lui adresser la parole quoi. Bon en même temps il était un peu spécial mon ex, pas sûre que l’exemple soit hyper bien choisi.

Mais tout de suite, dès qu’un gendarme meurt, ou un flic en général, ils portent tous le deuil.

Je me souviens d’il y a quelques années, une infirmière avait été tuée par un psychopathe. Il s’est passé quoi ? Arrêt de travail de toutes les infirmières. Par solidarité. Main dans la main, toucher à l’un de nous c’est toucher à nous tous, à la vie à la mort, toussa.

Moué.

Les cheminots j’en parle même pas. Même exemple avec les profs, les chauffeurs de bus.

Et là j’ai envie de dire, mais quand un boulanger se fait tuer, qui a déjà vu tous les boulangers de France porter le bandeau et se mettre en deuil pour la semaine ?

Quand un ouvrier de chaine de montage se fait agresser, les usines elles continuent de tourner non ?

Quand une coiffeuse ou une caissière se fait violer, on ferme les salons et les supermarchés ?

Je dis pas qu’il faut pas porter le deuil, je dis juste que je ne comprend pas ça. Je ne comprend pas que sous prétexte qu’on fasse le même métier, on partage un espèce de lien secret indéfectible.

Après c’est pas valable que pour le deuil, mais c’est des groupes avec lesquels on rigole pas.

J’ai encore fait cette expérience récemment. Sur un forum de mamans que je fréquente beaucoup, je fais part de mon mécontentement certain à l’égard de l’instit et de l’ATSEM de mon fils. En moins de deux je me fais sauter à la gorge par une fille, instit, qui se sentait investie de la mission suprême de défendre tous les instits de France. Elle est instit, donc TOUS les instits de France sont forcément des personnes formidables, généreuses, professionnelles et très compétentes. Ouiouiouiouioui.

Et sans déconner, ils me font flipper ces gens là.

Parce qu’ils sont dans l’incapacité absolue de dissocier l’être de la profession. D’imaginer que des hommes puissent être mauvais, ou moins bons, ou juste différents des autres.

Moi, je suis assistante administrative (je sais, ça fait rêver). S’il arrive que des personnes critiquent Marie-Josée, l’assistante administrative qu’ils ont croisé au garage Michaud, je vois pas pourquoi je volerai à la défense de la pauvre bonne femme ainsi humiliée, telle le chevalier blanc que je suis pas. C’est pas tellement de ma faute si elle est incompétente, juste conne, ou si c’est une grosse feignasse.

De la même façon que je vais pas me sentir regonflée d’orgueil si on parle d’elle de façon élogieuse. On a pas un lien particulier Marie-Josée du garage Michaud et moi.

En fait je crois que j’aime simplement pas qu’on fasse des généralités en fait. Ça me semble même être un raccourci assez dangereux.

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Ecrire (encore)

J’adore les commentaires. J’adore lire vos commentaires, y répondre, voir que vous y répondez à nouveau et relire encore tout ça. J’adore cet échange si particulier. Parce qu’il n’est pas instantané. Parce qu’on peut prendre le temps de réfléchir et de mesurer sa réponse. Parce qu’on peut choisir au contraire de réagir vivement, brutalement, de façon totalement instinctive et viscérale.

J’adore cet échange.

Le dernier m’a amené à beaucoup réfléchir à mon écriture. A ma façon d’écrire et à ma démarche d’écriture surtout.

Ces derniers jours, j’ai eu une frénésie d’écriture. J’ai rédigé 3 ou 4 articles que j’ai finalement planifiés pour en espacer les publications. Comme d’habitude, j’ai écris à chaud, j’ai pas fait de plan, et je me suis pas relue. C’est pas une fierté ou une technique ou je sais pas quoi hein, c’est juste un constat sur ce que je fais.

Et grâce aux commentaires sur un article, j’ai pu réfléchir beaucoup à ma façon de faire, et du coup, à ce que je transmettais.

Premier constat, je suis hyper brouillon.

J’ai du mal à me faire comprendre, parfois je dis un truc et tout le monde comprend autre chose, ou alors quelqu’un dit exactement ce que je pensais avoir dit mais tout le monde valide son message et pas le mien. Ce qui amène à pas mal de quiproquos, et à une perte de temps et d’énergie considérable.

Ensuite, je réagis à chaud. Je suis une sanguine, je réagis clairement avec mes émotions. Je suis hyper sensible et je peux être profondément meurtrie d’un truc hyper anodin. Et du coup, j’en oublie de réfléchir.

Je ne fais pas la part des choses et j’ai du mal à prendre du recul.

Mais tout ça est lié en fait. Si j’attendais que la pression retombe avant de sauter sur « ajouter un nouvel article », tout le reste s’enchainerait certainement.

D’un autre côté, j’aime le côté spontané et brut. Mais je vais désormais tenter de le préserver pour la forme et de me concentrer un peu sur le fond.

Certes, je l’ai déjà dit plusieurs fois, je ne suis pas du tout dans une pêche à l’audience. Néanmoins, si je peux bosser un peu pour rendre le bouzin un peu plus compréhensible et lisible, why not.

J’ai envie d’apprendre.

Et j’adore quand, comme il y a quelques jours, je suis confrontée à tout ça. Je m’étais pas particulièrement posé la question, à l’aise dans mes baskets et dans mon mini blog, et puis d’échange en échange, j’ai pensé toute la journée à ça.

A ce que vous me dites à travers les commentaires, à la façon dont chacun vous percevez les choses différemment, à la façon dont vous analysez tout ça. Ce retour est hyper précieux pour moi.

Je connais certains d’entre vous plus ou moins, certains pas du tout, certains très bien. Et de faire le parallèle entre ce que vous êtes, vos expériences, et votre retour ça me fait beaucoup grandir.

J’aime qu’on argumente et qu’on m’explique le pourquoi du comment.

Je suis très curieuse de l’opinion différente de la mienne, très attentive à cette parole particulièrement parce qu’elle m’amène toujours là où je m’attendais pas du tout. J’aime qu’on me confronte, qu’on me renvoie ce que je dis ou fait quand c’est constructif et que ça me fait avancer.

J’ai la grande chance d’avoir dans mon entourage (webesque et perso) des personnes bourrées de talent.

m., qui a ce regard plein d’amour et de compréhension. Elle est entière, pleine, passionnée. Elle ose peu mais n’en pense pas moins. Elle a un regard qui m’impressionne, elle qui écrit comme elle respire, elle qui lit comme elle vit.

Sophie de 10idminute, dont l’oeil photographique m’apporte toujours une vision différente d’un même événement. Une vision d’un autre angle que j’avais pas soupçonné.

Stadire, de Le corps des Femmes qui a l’oeil de celle qui écrit. Elle m’amène toujours à me poser des questions. Elle a un recul sur toute chose qui m’impressionne beaucoup, et a toujours un regard très fin et très juste. Elle fait partie de ceux qui comme personne, mettent le doigt dessus.

Et puis il y a tous les autres, Babidji, Cybersouris, Loupy, Titesocisse, cacaboudin (t’as pas un autre pseudo par hasard ?^^) entre autres, les habitués, ceux de passage, que je découvre, que j’apprends. Même si je réponds pas toujours en temps et en heure, je prends chaque message très au sérieux. Parfois je ne dis rien parce que j’ai rien à ajouter, parfois je réponds longuement, parfois un seul mot suffit.

Mais pour quelqu’un comme moi, c’est un exercice très compliqué que celui de s’exposer comme ça. On a beau parler d’anonymat, une critique (bonne ou mauvaise) reste une critique. C’est à ce moment-là qu’on a vraiment conscience d’être lu. Et ça fait très peur, en tout cas à moi.

Ce qui m’effraie, c’est de mal me faire comprendre. Ça peut me bousiller une semaine ça. Et le problème, c’est que ça m’arrive souvent. La première fois, tu peux encore te dire que tes propos ont été interprétés. Mais à un moment faut ouvrir les yeux et voir que c’est juste toi qui es pas foutu de mettre tes idées dans le bon ordre.

Alors avoir un autre regard sur ce que je fais ça m’aide à y réfléchir et à me dire que même si j’ai pas l’intention de donner une orientation pro à ce blog, je me dois d’avoir un minimum de cohérence et de fournir un minimum de travail, par respect pour vous, qui êtes les premiers concernés par tout ça puisque c’est vous qui le lirez.

Je ne sais pas du tout si je vais y arriver, mais au moins maintenant je ne pourrais pas ne pas me poser la question.

J’aime écrire parce que ça me vide. Parce que ça m’aide à mettre de l’ordre dans mes pensées et à y voir plus clair.

Cet échange il y a quelques jours m’a fait comprendre beaucoup de choses. Merci. Et surtout, il m’a donné encore plus envie d’écrire.

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Et en plus elles travaillent !

Les gonzesses, on les entend un peu trop souvent. Toujours à gueuler, revendiquer et pester au lieu de rester simplement à leur place.

Et maintenant, elles travaillent ! Z’ont pas fini de faire chier.

Et une gonzesse dans le monde de l’entreprise, c’est pas de tout repos. Entre celles qui passent leur temps à se faire les ongles, à téléphoner à leur mère  ou à prendre rdv chez l’esthéticienne, celles qui se crêpent le chignon pour un oui pour un non et celles qui doivent partir plus tôt parce qu »il faut récupérer le grand à l’école ou emmener le petit chez le médecin, elles ont pas bien le temps de travailler.

Je suis une de celles-là. Une de celles qu’on embauche en se disant qu’elle posera pas de souci, qu’elle est discrète et docile, qu’on devrait pas trop l’entendre.

Raté !

Mon problème principal, c’est que je supporte pas l’injustice et les différences de traitement. Et que j’ouvre ma grande bouche. Et c’est là que ça devient leur problème.

Dans mon dernier boulot, mes employeurs ont eu le bon goût de me montrer la porte quand je leur ai annoncé ma grossesse. 4 ans et une bonne grosse dépression plus tard, cette histoire me hante encore.

J’étais contente de trouver ce nouveau boulot. Je sentais l’ambiance agréable, le patron avait l’air conciliant, ouvert. Tout se passait bien. Tant que je restais à ma place.

Un jour j’ai eu le malheur d’en sortir. Je voyais et j’entendais trop de choses, et le jour où mon chef a insulté devant moi une de mes collègues, ça en a été trop. Je suis allée en parler à un autre directeur, qui en a parlé au Boss, qui a assuré qu’il s’en occuperait.

Non seulement il ne s’en est jamais occupé, mais maintenant, je paye pour mon affront.

Je suis enceinte. Je comptais bien travailler jusqu’au bout. Mais le harcèlement a commencé, comme il avait commencé 4 ans plus tôt. Pressions, surveillance, mise au placard, courrier à la direction pour rapporter mon incompétence, etc… Quand j’ai été prise de contractions qui me barraient le ventre, quand j’ai senti l’ombre de la dépression se rapprocher, je suis allée voir le médecin qui a su voir mon état. Depuis, je suis à la maison. Je pense à autre chose. Je m’occupe.

Pendant ce temps, mon responsable a fouillé tout ce qu’il a pu fouiller pour en sortir des choses contre ma collègue et moi.

J’avais osé le dénoncer. Bien que cela ne lui ai jamais porté préjudice, il a voulu se venger.

Aujourd’hui, j’ai reçu ma sanction.Un avertissement.

Ils ont trouvé des conversations entre ma collègue et moi. Dans lesquelles on parlait de tout et de rien, de nos collègues aussi, de choses qu’on entendait ou voyait, qui nous paraissaient pas très claires. On en a toujours parlé que toutes les deux.

Aujourd’hui, on me reproche ces conversations, qui démontrent un trop grand laxisme dans mon travail. On me reproche d’avoir tenu des propos injurieux, haineux et racistes. Et on espère que cette sanction me fera prendre conscience de la nécessité de changer d’attitude.

Et là, je bouillonne. Je suis folle de rage. Parce que tout ça est faux.

Qu’on me reproche un trop grand nombre de messages, je veux bien. Mais mon travail n’en a jamais pâti. La direction m’a toujours assuré son contentement face à mon travail. Je n’ai jamais tenu de propos racistes. Au contraire, je soulignais le caractère raciste de la personne dont je parlais.

Et non, je ne changerai pas d’attitude. Jamais.

On me dit de laisser tomber, de ne rien faire. Je peux même pas envisager ça. Je dois faire quoi ? Accepter ? Plutôt crever.

On me dit que c’est pas nous qui ferons la révolution. Mais si c’est pas nous, qui la fera ? Qui va aller se battre pour moi si c’est pas moi ?

Je prends cet avertissement bien plus mal que je ne le devrais. Parce qu’il est rempli de mensonges et que je refuse de leur dire qu’ils ont raison.

Gueuler et me défendre ne servira concrètement à rien, ils ne changeront jamais d’avis sur moi. Mais je peux pas me résoudre à me taire, à me laisser taper dessus en tendant l’autre joue.

Alors là, déjà, je digère. Cet avertissement, je m’en tape à un point pas imaginable. Je sais que j’ai rien à me reprocher. J’ai toujours fait du bon travail. Mais la question qui se pose c’est celle de l’importance que j’attache à ces propos et à leur opinion sur moi. Est-ce que ça me touche ? Oui. Est-ce que ça vaut le coup de me parasiter encore l’esprit ? J’ai pas encore de réponse.

Mais là, j’ai plus vraiment confiance.

Le monde du travail.

L’égalité des hommes et des femmes.

Le respects des petites gens.

Est-ce que réellement on doit accepter ça comme un état de fait ? Est-ce que vraiment ça ne sert à rien de se battre, de revendiquer ? J’espère que non.

Mais avec tout ce que je vois autour de moi de plus en plus, ce que je lis ici et là, sur les forums, sur Facebook, au plus près de moi, chez des personnes que je connais, que je croyais connaitre, quand je lis certaines réflexions sur l’actualité, les élections qui approchent, j’ai peur.

J’ai peur.

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