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Suivre des rivières

Je ne verrais pas le monde, si c’est pour le voir derrière une vitre, derrière des barrières et derrière un portail. Derrière les fortifications de plastique d’un village pour touristes. Je ne verrai pas le monde à 499 euros la semaine tout compris. Je ne verrai pas le monde à travers les yeux d’un gosse de 8 ans qui vend des colliers. Je ne verrai pas Bali et ses masseuses, je ne verrai pas Punta Cana et ses résidences bien propres, sans armes et sans putes, sans drogue et sans sida. Je ne verrai pas l’Afrique du Sud, je ne verrai pas le Sénégal, je ne verrai pas de lion, pas de girafe, je ne verrai pas de mignon petit enfant noir tout nu.
Je n’irai pas voir ceux qui n’ont rien pour leur donner si peu. Je n’irai pas leur faire grâce de mes fonds de poche en me sentant une sainte, je n’irai pas me faire servir par celle qui travaille 12 heures par jour pour un dixième de smic pour que sa fille puisse aller à l’école.
Je verrai le monde avec mon sac sur le dos, perdue dans Katmandou, ou je ne le verrai pas. Je ne serai pas triste. Je ne regretterai pas de n’avoir pas réalisé mes rêves. C’est de ne jamais rêver qui est triste. Je ne regretterai pas de n’avoir jamais vu de baleine, de pélican ou de manchot empereur.
Je ne veux pas voir d’ours polaire au zoo de Vincennes. Je ne veux pas voir d’orque à la nageoire pliée faire des ronds dans un aquarium boule. Je ne veux pas que mes enfants grandissent en pensant que c’est normal. Je ne veux pas qu’ils s’amusent de voir un singe porter un petit costume et faire semblant de fumer. Je ne veux pas qu’ils applaudissent l’homme au fouet qui fait asseoir un éléphant sur un tabouret.
Je suis d’une putain d’humeur de merde. Je me retrouve au milieu de la caravane publicitaire du Tour de France qui roule vers l’étape du lendemain. Et je me prends notre putain de réalité et notre putain de bêtise en plein dans la gueule. On est réduits à ça. Et non seulement c’est de notre faute mais en plus on l’a demandé et on en redemande encore. Voilà ce qu’on est. Des imbéciles crasseux qui se jettent au sol pour ramasser les échantillons de lessives qu’on nous lance comme on lançait le pain aux mendiants moyen-âgeux pour les soustraire et s’assurer leur dévotion. On vient en famille, on montre à nos enfants comment faire pour être un gentil toutou dévoué aux marques, comment être un bon consommateur de masse, comment ne surtout pas se soucier du désastre écologique dont on est entièrement responsables. On paye une fortune à des entreprises qui font rouler des camions surchargés à travers tout le pays, à nos frais, et en signe de remerciement, on repart, tout content, avec 12,5 ml de lessive, une dose de sirop de menthe, une casquette qu’on mettra jamais et des tonnes et des tonnes d’emballages plastique qui se retrouveront invariablement à flotter sur l’océan, détruisant au passage quelques écosystèmes, assassinant au passage quelques espèces animales. Et après ça on va signer des pétitions contre le méchant gouvernement qui nous prend pour des vaches à lait et des imbéciles. Les gens boufferaient de la merde si on leur disait que c’est en promo.
Je suis vraiment d’une humeur merdique et je me dis qu’il faut se calmer, parce que le pire c’est que tout ça ça sert à rien. Elle a raison mon amie Madeline, on se bat plus aujourd’hui. On accepte ce qu’on nous donne et on le prend pour acquis. On se dit pas qu’en se bougeant le cul 2 minutes on pourrait trouver mieux. On regarde TF1, on trouve Pernaut sympa. On se dit que vraiment y’a trop de délinquance et qu’il faut arrêter d’accueillir les roumains, de tendre la main aux pauvres et d’envoyer de l’aide aux populations des pays en guerre. Que c’est toujours les mêmes. Qu’on donne tout aux assistés et que nous pauvres français de souche qui travaillons on est obligés de payer des impôts pour permettre à des arabes de musulmanie et des africains des antilles de s’acheter des télés à écrans plats.
Je suis triste et je suis en colère. Je veux pas qu’on s’en foute. Je veux pas qu’on me reproche d’être laxiste parce que je frappe ni mes gosses ni mon chien, et de faire de la sensiblerie quand j’apprends à mes enfants à respecter les autres humains, les animaux et la nature.
La vérité c’est que ça me fait salement peur. Parce que les gens accordent plus d’importance à ce qui se passe chez leurs voisins qu’à leur avenir, qu’à l’avenir de leurs enfants.
Quand est-ce qu’on a arrêté de s’indigner ? Quand est-ce qu’on a arrêté de se battre ?

Je suis d’une putain d’humeur de merde.

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Haunted

2h du mat passées et je suis toujours éveillée. Je tourne en rond en attendant le sommeil. J’ai déjà regardé 2 films, j’en cale un 3ème. N’importe quoi, pourvu que le bruit couvre les sons qui courent dans ma tête. Je mets des films tous les soirs, pas pour les regarder, pas parce que ça m’intéresse, mais pour couvrir le bruit. Faire diversion. Empêcher les échos de trop résonner sous mon crâne.

Entre 2, les images qui reviennent. Des pensées qui me hantent. Me tourmentent. J’essaie de leur échapper, vraiment, je secoue la tête en me disant que je suis ridicule. Que les petits vont se réveiller bientôt, que je devrais vite dormir au lieu de me prendre la tête pour rien. Pour le passé. Je force de nouvelles images à remplacer les laides. Je pense à ce qu’il faudra faire demain, aux décos de Noël à préparer, aux cadeaux qu’il reste à faire. Mais rien n’y fait et comme un truc magnétique un peu malsain ça revient encore. Plus fort et plus vite. Alors j’arrête de lutter et je me lève. Et j’écris. J’ai envie de lui écrire à lui, l’homme couché à côté de moi. J’ai envie qu’il sache tout ça, qu’il comprenne, qu’il voit. Mais je me retiens et j’écris ici, dans le vide ou l’infini, je sais pas trop. A personne et à tout le monde, à moi surtout, et surtout pour que ça soit ailleurs que dans ma tête.

J’ai lu une fois que quand on faisait un cauchemar, il fallait dessiner l’objet de sa peur. Et puis froisser la feuille, et y mettre le feu. C’est sûrement un peu ce que je fais ici. De toutes façons je sais pas dessiner.

Il va falloir que je trouve une autre solution que d’enchaîner les films pourris. Les enfants eux ils s’en foutent que t’aies pas dormi. Ils veulent leur biberon quand ils se lèvent, et une maman en forme pour faire des câlins, décorer le sapin, faire des gâteaux et essayer le nouveau vélo.

En vrai j’ai peur.

Mais pas une peur concrète, pas une peur rationnelle. Je suis encore hantée par des instants du passé qui m’ont touchée, blessée. Je voudrais tant qu’il comprenne à quel point j’ai eu mal et à quel point la blessure est pas fermée. Mais aussi à quel point je lutte pour la refermer au plus vite. Comme une putain de gangrène malgré tous les soins que j’apporte. Par moment comme ce soir, je suis d’un coup pleine de haine et j’ai juste envie de lui crever les yeux à cette connasse. Et puis je me dis et puis merde, on va bien et on est bien et c’est ce qui compte. Et fuck les connasses et fuck les emmerdes et fuck les jaloux et les vilains pas beaux.

Moi je t’aime et toi tu m’aimes et tous les deux on avance ensemble. Je sais pas pour combien de temps et je veux pas savoir.

Et lui il dort toujours à côté de moi et moi ça va un peu mieux. J’ai toujours la haine mais j’ai moins la rage. Je vais chercher un nouveau film parce que mine de rien ya encore pas mal de boucan sous mon crâne.

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Le temps ne fait rien à l’affaire

Et pourquoi on pourrait pas tout simplement profiter chacun de sa vie sans regarder tout le temps ce qu’il se passe dans la culotte du voisin ? Je comprend vraiment pas du tout ce besoin d’attaquer des gens, des groupes, au motif qu’ils font pas les choses comme nous, ou même qu’ils nous jugent, à partir du moment où de toutes façons c’est pas fait dans un esprit d’échange ou de partage mais simplement de pourrissage en bonne et due forme de celui d’en face.

Je parle de plein de trucs. De mon enculé de voisin qui se lève le matin en se demandant ce qu’il va bien pouvoir faire aujourd’hui pour nous pourrir la vie, plutôt que de simplement profiter d’une journée avec sa femme et sa fille. Mais aussi de ces groupes, qui s’entre balancent des horreurs à la gueule juste pour faire fermer leur bouche aux autres, évidemment sans aucun succès. Putain les mamans sans déconner arrêtez donc de vous prendre la tête pour des conneries !? Vous avez pas autre chose de mieux à foutre que de vous demander si c’est mieux de porter son môme en écharpe, en babysquetuveux ou avec une vielle nappe ? Mais bordel, ça intéresse qui de savoir qu’une meuf qu’on connait pas ose penser que les mères qui allaitent leurs enfants sont des vaches à lait ?! Sérieusement, ça change quoi à votre quotidien ? Est-ce que ça serait pas super plus simple de juste admettre que certains font pareil, d’autres complètement différemment, et que au fond, on s’en bat un peu l’oeil de savoir ce qu’il se passe chez Madame Duchmol ? Que si Madame Grossetruie pense que vous êtes malsaine avec votre enfant au sein à 18 mois, ou que Madame Unavissurtout pense que vous êtes franchement pas investie pour donner du lait artificiel au petit dernier, en quoi LEUR avis est plus important que le votre ? Si vous assumez vos choix, alors foutez vous en !

On perd un temps pas croyable en fait. Et une énergie dingue. Peut-être que je devient vieille, ou blasée, ou juste conne j’en sais rien, mais je trouve ça hyper dommage. J’ai commencé à péter des câbles à cause de mon trou du cul de voisin. A chercher à me venger, à le faire chier. Mais finalement, me venger de quoi ? Ya pas de vengeance à chercher, y’a pas d’honneur à défendre, d’affront à laver. Y’a juste à se poser une seconde et réaliser à quel point c’est triste en fait. Faut pas être sérieusement super malheureux dans sa vie pour avoir que ça à foutre ? Je parle pas de dire du mal gentiment du voisin, d’une nana croisée en boite la veille ou de la boulangère qui a une petite mine en ce moment. Mais de passer tout son putain de temps à rabâcher, relire, repenser, élaborer des plans et farfouiller dans la vie des gens.

Lâchez du lest. Arrêtez de vous sentir agressés par n’importe quel trouduc qui vous jugera pas assez bien pour lui. On les encule. Untel vous pourrit, juge votre façon de faire avec vos gamins, votre mec ou votre belle-mère ? Qu’est-ce qu’on en a à foutre ?! La vie, la vraie, elle est pas là. Elle est pas dans le jugement, dans la haine ou dans la rancoeur. Elle est dans le fait de prendre un diabolo fraise en terrasse, de se dire que la clim c’est quand même une super chouette invention, de décider sur un coup de tête de se teindre en blonde, de rouler une grosse pelle à son homme en pleine rue et de rire des regards jaloux.

Ma vie mon gars, elle est pas dans le fait de chercher une quelconque vengeance à ta connerie. Continue de siffloter « tiens voilà du boudin » quand tu me croises, je m’en bats la rate. Ça me fait rire tellement c’est triste. Parce que pendant que tu essaies de te souvenir de l’air, moi je suis tranquillement en train de profiter des premiers pas de ma fille.

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Pourquoi (encore une fois) jsuis pas d’accord

Si vous avez un ordinateur ou un smartphone, un accès à Internet, et que vous vivez pas dans une grotte, si en plus vous avez Facebook, vous avez forcément vu passer ce dessin du blogueur Jeromeuh.

Le-drame-Findus-jeromeuh

En préambule, je tiens à préciser que ce billet n’est absolument pas une critique du travail de Jérôme, que j’ai beaucoup suivi il y a plusieurs années mais complètement arrêté depuis, n’ayant vraiment vraiment plus autant de temps que je le voudrais à consacrer à la lecture de blogs, et qui m’a toujours fait rire, émue, et beaucoup amusée. Seulement, on a beau apprécier beaucoup de personnes, on est pas forcément d’accord avec tout ce qu’elles font ou disent.

Voilà donc pourquoi je ne suis pas du tout d’accord avec ce dessin, et pourquoi, surtout, je commence à me lasser de le voir relayé partout.

Ce qui me dérange dans ce dessin, c’est cette façon de dire que franchement, on est vraiment que des  horribles européens pourris gâtés, et qu’on a vraiment pas à se plaindre.

A mon avis, l’argument de la faim dans le monde dans ce débat est complètement à côté de la plaque et sans aucun rapport avec la problématique.

Le souci que pose cette crise, c’est qu’on nous a vendu quelque chose pour ce que ça n’était pas. C’est qu’après la crise de la vache folle on nous a sorti de la traçabilité à tout va, on nous a promis qu’on pouvait faire confiance, et finalement, on se fait quand même entuber. Si je décide que j’ai envie de manger de la courgette, me filez pas de la carotte.

Et ça n’est pas être capricieux que de crier au scandale. Je suis libre de manger ce que je veux, et j’ai la chance de vivre dans un pays où j’ai cette liberté, merci de la respecter.

Le débat n’est pas non plus « le cheval ça se mange ». Le problème aurait été le même si ça avait été de la volaille ou autres.

Personnellement je ne mange pas de cheval et je suis horrifiée à l’idée d’en avoir mangé malgré moi. Mais je suis encore plus horrifiée à l’idée qu’on m’ait menti sur la nature même de ce que j’ai acheté.

Et l’argument du « on a pas à se plaindre les autres n’ont rien », je le supporte pas. Pas plus que « finis ton assiette et pense aux petits enfants qui meurent de faim ». Je suis bien désolée, mais que je finisse mon assiette, que j’en laisse la moitié, que mon chien mange les restes ou que ça passe à la poubelle, les petits africains ils mourront quand même de faim. C’est triste, mais c’est pas en finissant son assiette ou en mangeant un truc qu’on a pas demandé qu’on va régler le problème de la faim dans le monde.

Et puis au-delà de ça, je ne comprends pas pourquoi on devrait ne pas se plaindre sous prétexte que d’autres vivent des situations pires que les nôtres. A ce compte-là, personne se plaint jamais, on dit amen à tout et personne ne se rebelle jamais.

J’ai pas à me plaindre du harcèlement de mon patron, au moins j’ai un travail.

J’ai pas à me plaindre de mon père qui ne s’intéresse pas à moi, certains enfants ont été abandonnés par le leur.

J’ai pas à me plaindre de mon mec qui me trompe, au moins le mien ne me bat pas.

J’ai pas à me plaindre de la fuite d’eau de mon appart pas résolue depuis 2 mois, d’autres vivent dans la rue.

Si on se met à tout comparer et à se dire qu’il existe toujours pire, alors on peut tout accepter. On tait ses souffrances et on fini par complètement se nier.

Oui, la faim dans le monde est un véritable scandale, évidemment. Mais comparons ce qui est comparable.

Et si on s’évertue à me vendre un produit quand j’en achète un autre, je continuerai de gueuler et de revendiquer mon droit à gueuler.

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De la complexité de la suggestion d’amis

J’ouvre mon FB, quelques notifs, et « 1 » devant les demande d’amis. Je vois le nom d’un mec mais je suis pas certaine de savoir qui c’est, je vois le nom de notre ami commun et je me souviens d’un coup.

Mike.

J’ai 22 ans et je vis les meilleures années de ma vie. Je fais un boulot que j’adore, j’entre dans un 36, je sors 4 fois par semaine, je suis capable de prendre une cuite le soir et d’être parfaitement présentable au taf à peine quelques heures plus tard, et j’ai pas mal de chance dans mes relations amoureuses. Je cherche pas franchement à me caser, mais je vis au jour le jour, je papillonne un peu, je craque souvent, je tombe amoureuse parfois. J’ai même recroisé la route d’Eric à cette période, mais ça s’est pas très bien terminé fermer la parenthèse.

Cette époque, c’est ma période sex et rock n roll. Pas drogue par contre, plutôt bière et tequila. Je passe mes soirées dans des concerts avec les copains, une bonne équipe de musiciens et techniciens. Mon meilleur pote (et accessoirement sex friend, je développerai une prochaine fois. Ou pas.) a un groupe de rock. Un soir où je bosse sur un concert où il joue, je rencontre les autres membres de son groupe. Et je le vois.

Grand, costaud, rasé, tatoué. Des lèvres roses et des yeux noisettes. Il me sourit, et je le veux.

On se regarde avec une amie et pour la première et dernière fois de ma vie, je dirais « je l’ai vu la première ».

On discute beaucoup avant et après le concert. Regards en coin, sourires complices. Les mains qui se frôlent et qui arrêtent le temps pour quelques secondes. Il est mal à l’aise et dit beaucoup de conneries. Je suis mal à l’aise et je ris à tout. Trop fort et trop souvent, mais il me plait.

Je passe la soirée avec des papillons dans le ventre en espérant lui avoir plu aussi.

On échangera notre premier baiser quelques jours plus tard, au milieu de la foule d’un concert d’Asian Dub, dans la fumée de pétard et les relents d’alcool.

C’était rock, et c’était chouette.

Et donc voilà, je me retrouve 10 ans plus tard avec le nom de ce mec, le souvenir de son parfum et du dessin de ses tatouages et je sais pas quoi faire.

C’est pas une demande de sa part mais une suggestion de notre ami commun. Et ça c’est super vicieux. Si je refuse ça fait connasse, et si j’accepte ça fait meuf qui a pas oublié son intense mais néanmoins brève aventure.

Dilemme.

Et fuck, j’ai accepté.

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La marche

Je me fais vraiment peur en fait. Je crois que je suis usée. Que les choses glissent. Que ce monde devient tellement fou que je m’y suis habituée. Que ça me fait même plus réagir.

Aujourd’hui aura lieu la marche blanche pour la mémoire de ces deux jeunes, massacrés pour un regard de travers.

Quand j’ai entendu ça aux infos, j’ai relevé la tête parce que ça s’est passé pas loin de chez moi, dans un quartier que je connais un peu, mais sans plus, mais dans un climat que je connais bien.

J’ai grandi dans un quartier tranquille jusqu’à 14 ans environ. Ensuite, on a vécu dans un quartier plus « sensible » comme ils disent à la télé. La violence était partout. Et surtout banale.

Aujourd’hui, le monde découvre qu’on peut être massacré pour un regard de travers. Et je me demande pourquoi moi ça m’a pas étonnée. Pourquoi j’ai pas compris qu’on en parle autant à la télé. Pourquoi, bien que je trouve ça absolument horrible, j’ai pas trouvé ça pire que ce qu’il se passe tous les jours.

Parce que je me suis habituée.

Le monde est tellement merdique, que les pires horreurs peuvent se produire sans que ça me surprenne plus. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que j’en arrive là ? Est-ce que je suis à ce point blasée ?

J’ai grandi dans un milieu très privilégié les 14 premières années de ma vie, j’en suis consciente aujourd’hui. Après ça, j’ai découvert petit à petit la crasse, la haine, la violence.

Les crachats, les insultes, les lynchages.

Et puis plus tard, un autre monde, qui s’ouvre insidieusement, sans que je m’en rende compte.

Je croise un mec dont le frère est en prison pour avoir poignardé un autre mec avec un tournevis.

J’apprends qu’à 200m de là où je bosse la police a trouvé l’année précédente une salle de torture dans une cave. Avec la totale, le fauteuil, les crochets, les menottes, les pinces et le courant.

J’apprends aux infos l’agression d’un chauffeur de bus, et je réalise que je connais bien l’agresseur.

J’accompagne mon mec de l’époque « voir un pote ». J’apprendrai plus tard qu’il était allé acheter de la coke. Et que pendant 2 semaines suite à ça j’avais dormi avec un flingue sous notre matelas sans le savoir.

Mon père, médecin, tabassé 2 fois par des toxicos, qui ne faisait des gardes de nuit qu’avec son chien dans la voiture.

Les filles qui ne pouvaient s’habiller qu’en jogging si elles voulaient pas se faire insulter.

Et puis savoir très tôt que non, on regarde pas les autres de travers. On les regarde même pas du tout. On leur parle que s’ils nous parlent en premier, et surtout, on regarde bien par terre.

J’ai vécu dans un quartier sensible, mais pas si difficile que ça. Chez nous, les flics et les pompiers osaient encore venir.

Je regarde les infos ce matin et je vois qu’on en parle encore. Je me demande pourquoi. Je me dis que quand même des gens qui se font tuer y’en a tous les jours.

L’horreur a eu raison de moi. De mon bon sens. De mon humanité peut-être.

Je suis aussi coupable que tous ces gens qui ne font rien pour que ça change. Parce que je suis pervertie. Parce que je crois que la vie c’est ça. Parce que je suis blasée. Parce qu’on est tellement dans la merde qu’on en est merdeux soi-même.

Ce soir il y aura une marche pour ces deux jeunes. Mais ça sera aussi une marche pour tous les autres dont on n’a pas parlé.

Pour les caves puantes, les mecs avec des tournevis, les filles en jogging, les ptits gars pleins de coquards, et les gens comme moi, qui réagissent même plus quand l’horreur frappe à nos portes.

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Des paternités

Mercredi, j’ai regardé Babyboom. J’avais pas aimé l’année dernière, et puis finalement j’ai déposé mon regard de connasse aigrie dans un coin, et j’ai regardé avec les yeux de la nana qui a accouché il y a pas 3 mois et j’ai fait comme tout le monde, j’ai chouiné.

Il y a une scène particulièrement qui a beaucoup fait parler. On y voit un jeune couple, la maman qui vient juste de mettre au monde le bébé, et le papa, visiblement très ému, très sensible, qui dit qu’il ne veut pas que sa femme allaite leur bébé.

Il semble y être très opposé, il dit que l’allaitement l’empêchera d’avoir une relation avec son bébé, qu’il veut pouvoir donner le biberon pour pouvoir lui aussi participer à ça et créer des liens. La maman veut essayer quand même de donner la tétée d’accueil, le papa repousse le bébé qui rampe vers le sein maternel. En interview, la jeune mère dit que l’allaitement ne lui convient pas, mais on sent qu’elle veut surtout faire comme souhaite son mari, on la sent un peu contrainte.

Forcément, ça suscite des réactions. Je vois à droite et à gauche des personnes qui se disent choquées, qui disent de ce papa qu’il est un gros nase, qu’il est nul, etc, etc…

Moi je regarde ça avec mon homme, et je me dis qu’on se plante complètement de cible, et de problème.

Et je me dis que peut-être que nous, là, installés dans nos canapés, on se permet de juger cet homme, et qu’on a aucune idée de la vie de ce couple. On a aucune idée du vécu ou du passé de ce papa. On en sait rien de ce qu’il vit, de pourquoi il est comme ça, de pourquoi il a si peur de ne pas avoir de lien avec son enfant.
Si on se disait que peut-être ce monsieur il a été abandonné par son propre papa. Peut-être qu’il a été battu, ou peut-être qu’il a été mal aimé, ou pas aimé du tout. Ou peut-être même rien de tout ça. Mais au fond, on s’en fout, parce qu’on en sait rien.

J’ai commenté en ce sens des publications sur Facebook de personnes qui se disaient choquées des propos et des gestes de ce papa.

Je repensais à mon homme, qui a tout de suite été d’accord pour que j’allaite notre fille. Mais quand il a lu les commentaires des gens qui s’en prenaient à ce tout jeune papa, il en a eu les larmes aux yeux. Parce que lui aussi, il a peur. Il travaille beaucoup et voit notre fille beaucoup moins que moi. Quand il se lève on est parties accompagner le grand à l’école, quand il rentre elle est déjà au lit. Et pour un papa si présent, si impliqué, et qui veut tellement avoir une place dans la vie de sa fille, c’est très dur à vivre.

Bien sur qu’il y a d’autres moyens de créer un lien, on le sait, nous. Mais le fond du souci, c’est que LUI il le sait pas. Il a été un peu autoritaire, très maladroit. Mais j’ai avant tout vu un jeune papa très ému et très sensible. Et surtout très angoissé.

Je vois qu’on dit de lui que c’est le genre à dire aux personnes qui allaitent en public d’aller se cacher aux toilettes, ou qu’il a un regard malsain sur l’allaitement, que pour lui le sein doit surement n’être qu’un organe sexuel.

Je suis intimement persuadée qu’on se gourre mais alors complètement.

Ce papa, il est en train de dire qu’il a peur. Il est en train de dire qu’il est très concerné par sa relation avec son fils, qu’il veut être un papa et pas seulement un père, qu’il veut du lien, de l’affect, de l’amour.

Il dit qu’il a peur de ne pas trouver sa place, qu’il a peur peut-être que ce bébé ne l’aime pas.

Son problème à lui, c’est pas l’allaitement, c’est son rapport à son bébé. Et ça n’a absolument rien à voir.

Oui, il a tort de refuser catégoriquement, oui il a tort d’imposer à sa femme, oui il a tort de vouloir la dissuader en lui parlant de ses seins qui ne seront plus jamais pareil.

Ce n’est pas parce que c’est un homme qu’il a forcément un oeil mauvais sur l’allaitement.

On est en train d’incriminer un homme qui parle seulement de ses sentiments, de ses angoisses profondes. Qui exprime ce qu’il a sur le coeur et qui veut seulement être le papa de son fils.

Et vouloir être présent, et être capable d’exprimer ses angoisses, j’ai tendance à trouver ça plutôt sain.

 

 

 

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