Archives de Catégorie: A l’école

Sophie

Ma fille joue dans un coin du salon. Elle s’amuse à sortir tous les papiers d’un casier de la bibliothèque. Je m’apprête à les ranger et en profite pour y jeter un oeil. C’est à mon homme. Des partitions, des livres de cuisine. Au milieu je trouve une demie feuille à petits carreaux pliée en deux. Je l’ouvre et lis quelques mots écrits au stylo bleu par une main visiblement jeune. Des mots d’amour d’une ancienne amoureuse. Il y a son nom et son adresse, et un petit texte. Elle l’aime et il lui manque.

Mon coeur ne se serre pas. Je ne suis pas en colère, je ne suis pas jalouse. Je suis attendrie. Emue. Si ça se trouve il ne se souvient même pas qu’il a toujours ce petit mot. Il a du être amoureux lui aussi pour conserver précieusement cette petite feuille pliée au cours de ces années.

Je suis alors submergée par un sentiment d’amour fou. Je vois le visage de mon amoureux, son sourire, ses yeux. Je me sens tout à coup toute emplie de lui. Je l’aime. Passionnément. Je prends mon téléphone et lui envoie des mots d’amour. Je viens de réaliser que je ne suis pas jalouse de son passé, de ses anciennes amantes, je l’aime lui pour ce qu’il est aujourd’hui, certainement grâce à elles. Je l’aime comme personne, comme jamais. Je ne veux plus que lui pour toujours et je ne me vois que dans ces bras.

Je ne t’ai jamais dit ici à quel point je t’aime. J’ai parlé de certains, d’avant, un peu de toi aussi, mais jamais à toi.

J’aime ce que nous sommes, la famille qu’on bâtit, l’amour entre nous. J’aime notre quotidien et notre routine. J’aime étendre tes chemises et dormir dans tes bras. J’aime que tu me manques.

J’ai replié le petit mot, je l’ai remis à sa place.

Je sais ce qu’il a signifié, ce qu’il signifie pour toi aujourd’hui. Peut-être plus rien, peut-être un souvenir plein de tendresse.

Je le remets à sa place et je te laisse ton passé.

Peut-être qu’un jour, je la rencontrerai.

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Loris

Mon fils est un enfant discret. Timide, réservé, en retrait. Devant un groupe, il observe, il repère. Et puis il commence à remuer, signe qu’il aimerait bien rejoindre les autres. Il y va rarement, et quand il y va, le groupe soudé le rejette parfois. Difficile de s’intégrer quand on est autant dans la réserve, qu’on a grandi seul, sans frère ni soeur, sans la compagnie des autres enfants. La première année de maternelle a été compliquée. Il était souvent seul, n’était jamais invité aux anniversaires, n’avait pas d’amis. A l’entrée en deuxième année j’ai vu beaucoup d’espoir de sociabilisation en découvrant la nouvelle instit, très maternelle, très à l’écoute. Elle a pris le temps pour mon bonhomme et a refusé de le laisser de côté.

Et une chose nouvelle est arrivée, un jour du tout début de l’année. Il est rentré de l’école et m’a parlé de Loris. Loris par ci Loris par là, je ne l’avais jamais vu aussi enthousiaste à propos d’un copain. J’ai eu un peu peur que le fameux Loris soit une fois de plus la terreur de la classe, le meneur qui le traînerait dans sa cour. Et puis au bout de quelques jours alors que j’allais le chercher, je l’entends « Salut Loris ! » et en retour un « Salut S. ! ». A ce moment j’ai dit « ah ben voilà le fameux Loris ! » exactement en même temps que sa maman qui disait « ah ben voilà le fameux S. ! »

Grand, très souriant, incroyablement poli, voilà donc Loris, l’ami de mon garçon. Son premier et unique ami.

De jour en jour on fait connaissance. Loris est adorable, s’exprime de façon assez étrange lorsqu’il cherche ses mots en tapotant ses doigts et en regardant ailleurs, mais toujours avec une très belle diction, et surtout beaucoup de gentillesse. Il est drôle. Parfois d’un coup il s’enflamme, et sa mère doit le calmer pour qu’il ne s’excite pas trop violemment.

Il est dans la section des grands, il a donc presque 2 ans de plus que mon fils. Au fil du temps j’apprends qu’il est accompagné d’une AVS en classe. Je ne sais pas pourquoi et je ne cherche de toutes façons pas à savoir.

Un jour on décide d’aller au parc tous ensemble, les 2 garçons, les petits frères et soeurs et les mamans. Avant la sortie, Elizabeth, la maman de Loris me prend à l’écart et semble hésitante. Elle me dit « oui, euh.. écoute il fallait que je te prévienne, mais euh…. Loris, comment dire…. Loris est autiste en fait. Voilà, on savait pas trop comment vous le dire, mais voilà. »

Bon là j’ai failli lui répondre « oui. et ? » mais je sais plus trop ce que j’ai bredouillé. Evidemment que pour nous ça changeait rien. Ce qui m’a frappée en revanche, c’est que je me suis dit que pour me dire ça de cette façon, elle avait déjà du en voir et en entendre de toutes les couleurs. Dans ce simple et court échange sur le trouble de Loris, il y avait toutes les difficultés qu’ils avaient du traverser. Dans ces simples mots j’ai ressenti les portes fermées, les amis perdus, les silences, le long parcours médico-psy. Peut-être n’y avait-il absolument rien de tout ça, peut-être que je me fais un super grand film, mais sa retenue m’a vraiment retournée.

Aujourd’hui c’est la fin de l’année et dans un mois on déménage. Mon garçon change d’école, et je le prépare depuis plusieurs semaines au fait qu’il ne verra plus Loris aussi souvent. Je sais que pour Elizabeth c’est également très dur, qu’elle a peur pour son petit. Pour la première fois de sa vie, à 6 ans, il a eu un ami. Mon fils quand il parle de lui dit toujours « depuis le premier jour on est devenus copains ! ». On s’est dit qu’on garderait contact et j’espère vraiment qu’on pourra. Après, on sait tous ce que c’est, la vie qui fait que, le travail, la maison…

Avant de retourner à l’école je trie quelques photos de la dernière sortie scolaire. Je garde de bons souvenirs de la maternelle, même encore aujourd’hui. Et je me dis que mon garçon sera sûrement aussi ému que moi en repensant à cette période, une fois devenu grand. Il regardera ces vieilles photos et se souviendra de Loris, son meilleur copain depuis le premier jour.

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A l’école

La première année d’école se termine.Il s’est passé un million de choses pendant cette année. Je regarde le cahier, avec mon Précieux. Il est fier. Il me montre le début du cahier, le mois de septembre, et il me dit « tu vois Maman, là j’arrivais pas à faire un bonhomme et maintenant j’y arrive ! ».

Oui mon coeur, et s’il n’y avait que ça.

Quand il est arrivé à l’école, on l’a mis dans une petite case. L’enfant de parents séparés, l’enfant qui voit pas son papa, l’enfant dont la maman travaille, l’enfant qui reste à la cantine ET à la garderie, l’enfant timide, l’enfant sensible, l’enfant qui ne sait pas dessiner, l’enfant qui parle peu, l’enfant qui bégaye.

Je le regarde aujourd’hui et je vois les incommensurables progrès qu’il a fait en quelques mois. Il a grandi et muri. Je suis incroyablement fière du petit garçon qu’il est.

Et puis je relis son livret et l’appréciation laissée par l’instit. Elle parle d’une bonne année, mais elle parle surtout de ses difficultés à se concentrer, et de son problème de prononciation.

Les progrès réalisés ? Pas un mot. Pas un seul.

Comme si un problème de prononciation chez un enfant de 3 ans et demi c’était un drame. Comme si c’était plus important que d’apprendre à compter, à lire, à dessiner, en 10 mois.

Je suis triste. Parce que ce livret il va le suivre. Parce que cette première appréciation, il la lira dans quelques années, en voulant savoir ce qu’il faisait enfant.

Et il faudra que je lui dise ce que le système n’a pas voulu lui dire. Et il ne me croira pas. Parce que je ne suis que sa mère. Parce que je suis pas objective. Parce que forcément je le vois avec des yeux différents.

Comment je ferai pour lui donner confiance en lui si ceux qui le jugent ne sont pas capables de l’encourager ?

Quel est alors le rôle de l’école ? Si on juge, si on note, si on se veut objectif, est-ce qu’on ne se doit pas d’être objectif jusqu’au bout ? Sur quel critère ces appréciations sont-elles données ? Est-ce que les instits se rendent bien compte de l’impact que de si petites phrases peuvent avoir ?

Je suis triste parce que longtemps j’ai été déçue par le système. Pour moi, pour mon frère, et maintenant pour mon fils.

Je rêve d’une école qui encourage, pas d’une école qui se cantonne à sanctionner.

Je rêve d’une école qui se mette au niveau de chaque élève.

Je rêve d’une école qui saurait voir l’individu, et qui ne se contente pas de niveler les écarts.

Je rêve d’une école sans boîte, sans case, sans a priori, sans idée toute faite.

Je rêve d’une école humaine, ouverte et à l’écoute.

Cette école là je crois que tout le monde en rêve. Certains peuvent se l’offrir, tant mieux pour eux. Mais je me demande pourquoi ce modèle là ne pourrait pas être la norme. Je me dis qu’il suffirait de 3 fois rien, un peu de bonne volonté, un peu d’écoute, un peu de remise en question, pour que ce système là puisse se développer partout, gratuitement, et surtout, pour le bénéfice de tous.

Dans 2 mois, une nouvelle classe, une nouvelle instit, une nouvelle vision.

Je croise les doigts, et je vous dis ça dans 2 mois.

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Et demain

Cette photo je l’ai prise devant chez nous, il y a quelques mois. Tu avais 2 ans et demi. Tu jouais dans le jardin, je te mitraillais, comme souvent.

Quand je t’ai vu t’éloigner, j’ai pris cette photo. Je savais ce qu’elle signifiait, ce qu’elle signifierait un jour. Je l’ai toujours regardée avec un petit pincement au coeur,en me disant que fatalement ce jour arriverait, ce jour où je te regarderais partir sans te retourner, ce jour où tu avancerais vers la vie, confiant, et où mon rôle ne serait plus de te garder tout près de moi, mais où il serait de garder mes yeux posés sur ton dos.

Ce jour est arrivé. Demain je t’accompagnerai, te donnerai la main. Je t’aiderai peut-être à enlever ton manteau. Je t’embrasserai, je te souhaiterai une bonne journée en te disant que je t’aime. Et puis je partirai. Je me retournerai, je te verrai au milieu des autres enfants et tu ne me verras pas.

Il y a 4 ans je te rêvais. Je t’imaginais. Je regardais à côté de moi et me disais qu’un jour tu occuperais cette place, là, tout près.

Il y a 3 ans je te portais dans mon ventre. Je te parlais, je t’attendais. Je préparais la place à côté de moi, la rendais chaleureuse et confortable.

Il y a 2 ans je te tendais mes bras, alors que tu marchais seul pour la première fois.

Il y a 1 an je te confiais à une autre que moi. Je languissais le soir que tu retrouves cette place à côté de moi.

Aujourd’hui, à côté de moi il y a ton cartable. J’y ai inscrit ton nom.

Aujourd’hui, c’est moi qui apprend à grandir. Toi tu vis ta vie. Tu suis ta route. Moi j’apprends. J’apprends à avancer, à te laisser avancer, à te lâcher la main, à regarder ton dos.

Et demain ? Demain.

Demain, tu seras le même. Et moi je devrai apprendre à être une maman.

A demain.

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