Ma mère

Ma mère est une femme simple. Et extraordinaire. C’est ma maman.
Elle a grandi tiraillée entre des parents qui se déchirent, des grands parents manipulateurs et vampirisants, une mère toute puissante, autoritaire, froide.
Étouffée,  elle s’est enfuie chez son frère. Jeune adulte et fraîchement diplômée, elle a appris de la façon la plus brutale qui soit que l’homme qu’elle appelait Papa et qui était mort quelques années auparavant n’était pas son père. Son monde s’est écroulé et elle a payé le reste de sa vie d’être une bâtarde. Sa mère l’a rendue responsable de tous ses maux. Je n’ai jamais bien compris pourquoi elle avait tant fait souffrir sa fille qui était pourtant l’enfant de celui qu’elle a aimé en secret.

Quand elle a rencontré mon père, jeune étudiant en médecine, je crois qu’elle est assez vite tombée sous le charme. Cultivé, plein d’humour, il portait les cheveux longs et tentait d’échapper à l’emprise de ses parents.
Je suis née pendant les études de mon père, et deux après, mon frère est arrivé à son tour.

Devenu médecin, mon père a commencé à changer. Il est devenu un homme fier, imposant et charismatique. Très sociable, c’était le genre d’homme qu’on aime compter parmi ses relations. Ma mère a alors vécu dans son ombre. Parfaite compagnie en société, elle lui assurait une position de chef de famille.
Mais elle était malheureuse.

Je crois bien n’avoir aucun souvenir de mes parents heureux ensemble. J’ai des souvenirs de disputes, de cris, de larmes. Je me souviens de ma mère écrivant à longueur de temps sur tous les supports qu’elle trouvait, une enveloppe, une feuille qui traine, un vieil emballage. Elle conservait tout ça dans un tiroir et je savais, du haut de mes 8 ou 9 ans, que cet exutoire nécessaire était très douloureux.
Elle travaillait tellement, se donnait totalement aux autres. Elle accompagnait mon père en représentation, devait donner le change et faire l’illusion de la famille modèle. Je voyais peu mes parents à l’époque, souvent absents. Ma clé sur un cordon autour du cou et le micro-ondes pour manger.

Très vite j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Depuis toujours même je crois bien. Mon père, encouragé par l’aura qu’il exerçait et l’influence et les relations qu’il avait, trompait ma mère régulièrement. Personne n’était dupe, même pas moi qui, vers 7 ans, entendant la voiture de mon père quitter le parking tard le soir, prétextais une soif soudaine pour aller faire un câlin à ma mère qui cachait comme elle le pouvait ses yeux rouges.

Quelques temps après il a fini par la quitter et ma mère allait de plus en plus mal. Non seulement elle s’était effacée depuis plus de 15 ans pour cet homme, avait subi la honte et la tromperie, et elle devait en plus être celle qu’on abandonne.
J’ai commencé à avoir vraiment peur pour elle. Elle avait déjà fait des tentatives de suicides et je savais qu’elle recommencerait. Je me dépêchais de rentrer de l’école, je cherchais des prétextes pour aller la voir dans la salle de bains quand elle y restait trop longtemps, tétanisée à l’idée de la retrouver morte.

Pendant ce temps mon père avait refait sa vie avec le diable. Une femme méchante et manipulatrice qui ne se privait jamais de dire tout le mal qu’elle pensait de moi. Je ne voulais rien montrer à ma mère du calvaire que je vivais chez eux. Je ne voulais pas qu’elle se sente responsable et qu’elle en souffre. Alors je faisais comme si tout allait bien.

Mes parents se détestaient. Tout était source d’affrontement. D’affrontements violents. Coups, cris, menaces de mort.
La vie a suivi son cours comme ça jusqu’à ce qu’à 20 ans je quitte la maison de mon père. Je me suis sauvée. Les relations avec ma mère étaient très tendues. On était tout le temps en conflit et on ne pouvait pas rester plus d’une heure dans la même pièce sans se hurler dessus.

Et puis un jour elle a voulu me parler et m’a tout déballé. Les rapports avec sa propre mère, le mensonge familial sur l’identité de son vrai père, le divorce d’avec mon père, sa préférence pour mon frère et les relations compliquées entre elle et moi.
Ça a été très dur, mais dès ce jour on a été très proches. La parole l’a libérée et on a appris à s’aimer,  à s’écouter et à se comprendre.

Le miracle s’est produit quelques années après. Mon fils venait de naître, j’étais chez ma mère. Et là, sans prévenir, elle a proposé d’inviter mon père et sa nouvelle femme, une femme bien plus équilibrée que la précédente.

Depuis 5 ans maintenant mes parents ont cessé de s’entre-tuer. Ils peuvent se tenir dans la même pièce, se parler, se faire la bise, rire.

Grâce à ma maman.

Une dernière fois elle s’est effacée, s’est mise en retrait pour faire valoir les intérêts des autres, mon fils et moi en l’occurrence, avant les siens. J’imagine même pas à quel point ça a dû être difficile et douloureux pour elle. Mais elle l’a fait, et grâce à elle mes enfants peuvent profiter sereinement de leurs grands parents, tous ensemble.

Cette année on a tous fêté Noël chez nous. Et c’était bien.

Merci Maman. Tu es la plus grande Dame que je connaisse. Et je t’aime.

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