Suivre des rivières

Je ne verrais pas le monde, si c’est pour le voir derrière une vitre, derrière des barrières et derrière un portail. Derrière les fortifications de plastique d’un village pour touristes. Je ne verrai pas le monde à 499 euros la semaine tout compris. Je ne verrai pas le monde à travers les yeux d’un gosse de 8 ans qui vend des colliers. Je ne verrai pas Bali et ses masseuses, je ne verrai pas Punta Cana et ses résidences bien propres, sans armes et sans putes, sans drogue et sans sida. Je ne verrai pas l’Afrique du Sud, je ne verrai pas le Sénégal, je ne verrai pas de lion, pas de girafe, je ne verrai pas de mignon petit enfant noir tout nu.
Je n’irai pas voir ceux qui n’ont rien pour leur donner si peu. Je n’irai pas leur faire grâce de mes fonds de poche en me sentant une sainte, je n’irai pas me faire servir par celle qui travaille 12 heures par jour pour un dixième de smic pour que sa fille puisse aller à l’école.
Je verrai le monde avec mon sac sur le dos, perdue dans Katmandou, ou je ne le verrai pas. Je ne serai pas triste. Je ne regretterai pas de n’avoir pas réalisé mes rêves. C’est de ne jamais rêver qui est triste. Je ne regretterai pas de n’avoir jamais vu de baleine, de pélican ou de manchot empereur.
Je ne veux pas voir d’ours polaire au zoo de Vincennes. Je ne veux pas voir d’orque à la nageoire pliée faire des ronds dans un aquarium boule. Je ne veux pas que mes enfants grandissent en pensant que c’est normal. Je ne veux pas qu’ils s’amusent de voir un singe porter un petit costume et faire semblant de fumer. Je ne veux pas qu’ils applaudissent l’homme au fouet qui fait asseoir un éléphant sur un tabouret.
Je suis d’une putain d’humeur de merde. Je me retrouve au milieu de la caravane publicitaire du Tour de France qui roule vers l’étape du lendemain. Et je me prends notre putain de réalité et notre putain de bêtise en plein dans la gueule. On est réduits à ça. Et non seulement c’est de notre faute mais en plus on l’a demandé et on en redemande encore. Voilà ce qu’on est. Des imbéciles crasseux qui se jettent au sol pour ramasser les échantillons de lessives qu’on nous lance comme on lançait le pain aux mendiants moyen-âgeux pour les soustraire et s’assurer leur dévotion. On vient en famille, on montre à nos enfants comment faire pour être un gentil toutou dévoué aux marques, comment être un bon consommateur de masse, comment ne surtout pas se soucier du désastre écologique dont on est entièrement responsables. On paye une fortune à des entreprises qui font rouler des camions surchargés à travers tout le pays, à nos frais, et en signe de remerciement, on repart, tout content, avec 12,5 ml de lessive, une dose de sirop de menthe, une casquette qu’on mettra jamais et des tonnes et des tonnes d’emballages plastique qui se retrouveront invariablement à flotter sur l’océan, détruisant au passage quelques écosystèmes, assassinant au passage quelques espèces animales. Et après ça on va signer des pétitions contre le méchant gouvernement qui nous prend pour des vaches à lait et des imbéciles. Les gens boufferaient de la merde si on leur disait que c’est en promo.
Je suis vraiment d’une humeur merdique et je me dis qu’il faut se calmer, parce que le pire c’est que tout ça ça sert à rien. Elle a raison mon amie Madeline, on se bat plus aujourd’hui. On accepte ce qu’on nous donne et on le prend pour acquis. On se dit pas qu’en se bougeant le cul 2 minutes on pourrait trouver mieux. On regarde TF1, on trouve Pernaut sympa. On se dit que vraiment y’a trop de délinquance et qu’il faut arrêter d’accueillir les roumains, de tendre la main aux pauvres et d’envoyer de l’aide aux populations des pays en guerre. Que c’est toujours les mêmes. Qu’on donne tout aux assistés et que nous pauvres français de souche qui travaillons on est obligés de payer des impôts pour permettre à des arabes de musulmanie et des africains des antilles de s’acheter des télés à écrans plats.
Je suis triste et je suis en colère. Je veux pas qu’on s’en foute. Je veux pas qu’on me reproche d’être laxiste parce que je frappe ni mes gosses ni mon chien, et de faire de la sensiblerie quand j’apprends à mes enfants à respecter les autres humains, les animaux et la nature.
La vérité c’est que ça me fait salement peur. Parce que les gens accordent plus d’importance à ce qui se passe chez leurs voisins qu’à leur avenir, qu’à l’avenir de leurs enfants.
Quand est-ce qu’on a arrêté de s’indigner ? Quand est-ce qu’on a arrêté de se battre ?

Je suis d’une putain d’humeur de merde.

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L’envie

Si vous me lisez depuis quelques temps, vous savez que je suis pas le genre de personnes à m’imposer des contraintes ou de la rigueur. Là par exemple, je suis censée être au régime et pourtant je suis dans mon lit à boulotter une galette à fajitas. Ok, 2 galettes. Pour le blog, c’est pareil. Je fais ce dont j’ai envie, quand j’en ai envie. Je ne bichonne pas mon réseau, je ne surveille pas mon nombre de lecteurs, je ne me demande pas à quelle heure publier ou quel partenaire contacter. Je vais publier 3 fois par jour pendant 3 mois et puis plus rien pendant 8. Madame zéro organisation.
Et donc depuis plusieurs mois j’ai rien écrit ici, parce que j’en avais simplement pas envie. Pour le moment, monologuer, ça me correspond moins. J’ai eu envie d’autre chose. Alors, quand avec quelques amies on s’est dit que ça serait plutôt rigolo d’écrire toutes ensembles, on a ouvert un blog collectif, au nom poétique et mélodieux, « les Moukraines à la Glaviouse ». Je pensais vraiment combien les deux, et puis finalement je n’écrivais plus que là bas. Parce que je m’éclate, parce que je suis moins auto-centrée, parce que je suis très très fan de l’écriture de mes copines et que c’est un vrai honneur et surtout un gros gros kif que d’écrire avec elles.
Aujourd’hui je reviens ici pour faire un peu le point. J’ai hésité à fermer le blog et puis finalement non, évidemment, j’aurais toujours besoin de cet espace pour des sujets plus personnels ou que je ne sentirais pas dans le délire Moukraines. Ici c’est chez moi aussi, je m’y sens bien. Mais aujourd’hui j’ai besoin d’écrire d’une autre façon, et la dynamique qu’on s’insuffle les unes aux autres m’est super bénéfique.

Et puis j’ai vieilli aussi, et mine de rien, ça change les gens. J’ai le sentiment d’être beaucoup moins dans le conflit, dans le « chercher la petite bête » . Je me sens beaucoup plus zen, libre, et capable. Je vois passer des querelles et des gueguerres dans lesquelles je me serais jetée à corps perdu il y a quelques mois, et dont je me sens aujourd’hui à des années lumières.

J’ai eu un troisième enfant, un ptit gars, mon tout petit.
J’ai épousé l’homme que j’aime depuis 4 ans. On s’est mariés de cette façon là aussi, comme on en avait envie, en se foutant de ce que les autres en penseraient, en faisant les choses à notre image, et en envoyant chier les conventions.

On construit notre vie, on bâtit un peu plus tous les jours. J’ai fait le tri autour de moi, j’ai éloigné quelques parasites, d’autres sont partis tous seuls. Je ne privilégie plus que les relations sincères, franches et surtout saines, sans arrière pensée, sans compter les points. Et bordel qu’est-ce que ça fait du bien.

Alors je suis un peu moins présente, beaucoup même, mais je suis jamais bien loin. Et si vous voulez continuer à me lire malgré tout, malgré mes absences et mon inconstance, vous me trouverez régulièrement chez les Moukraines et sur FB.

Et puis je me lance un nouveau défi en réalisant à quel point j’aime écrire. Ça m’accompagne toujours et encore pour un bout de temps. Alors je me suis lancée et j’ai décidé de participer au concours #ecrireaufeminin. J’ai écrit une nouvelle qui s’appelle « Septième étage », et je vous invite à la lire si ça vous tente, et pourquoi pas à voter si ça vous plaît.

Dans la série des « j’en ai rien à foutre et je fais ce que je veux », il est 23h42, le temps d’insérer les liens, les images, tenter de me souvenir de ce putain de mot de passe, et je vais publier à l’heure où personne ne lit.

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21h56

Je dois tourner la page. Avancer. Celle qui m’a rendue vivante vient de m’enterrer ce soir. Je me ressers un verre de vin. Le troisième je crois. Oui, je sais, je devrais pas. J’emmerde les « tu devrais pas ». J’emmerde les convenances et les bonnes manières. Ce soir je suis toute seule. On était trois et je suis toute seule. Mon frère nous a tourné le dos il y a 3 ans. Aujourd’hui c’est ma soeur. Y’a plus que moi. Plus que moi et mon père. Ils sont partis. Ils en ont choisi d’autre.
Mon frère, on était pas proches de toutes façons. On s’est jamais compris, jamais entendu. Ma soeur par contre, c’est autre chose. Ma Nine. Ma toute belle.

Ma toute petite.
Quand elle est née, j’avais 15 ans.en pleine crise d’ado dans une famille déchirée, avec une belle mère horrible alcoolique et dépressive. Et tellement pleine de haine. J’étais le diable. J’étais le mal. Et ma mère une salope. C’est ce que j’entendais tous les soirs quand mon père était absent. Trop occupé à gagner la thune qui la ferait partir en voyage ou acheter des manteaux de fourrure. J’ai eu envie de mourir.

Et puis il y a eu elle. Ma soeur, ma toute petite. Ma toute belle. J’ai toujours pensé qu’elle m’avait sauvé la vie. J’ai fait du mieux que j’ai pu pendant 20 ans. Je me suis occupée d’eux, de leurs relations, de faire le lien, d’arrondir les angles.

Mais ce soir elle a choisi. Elle a quitté notre père et elle a choisi sa mère. A son tour, elle nous a tourné le dos.

Alors ce troisième verre je le prends si je veux. Je le finis si je veux et je me ressers si je veux. Vous pouvez me juger, ce soir je vous encule. Ce soir le monde s’écroule. Ce soir la vie s’écoule. Loin. Ce soir, c’est tout mon être qui s’assèche. Ce soir je ne suis plus rien. Une ombre. Un murmure. Un presque rien.

Ce soir je suis toute seule. J’ai mal à en crever.

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La pluie.

Hier il a plu. Longtemps. J’étais allongée et je regardais par la fenêtre. A vrai dire, par un tout petit coin de fenêtre plutôt, avec vue sur un grillage.
– « Il pleut ? » j’ai demandé
– « Oui, ça n’a pas arrêté. »
– « J’aime bien la pluie. »

C’est vrai ça. Il paraît que je suis née un jour de pluie.

Ce matin la pluie a cessé mais tout est encore trempé. Il fait encore nuit, je vais regarder le soleil se lever. Je me tenais déjà là il y a quelques mois. Je crois qu’à cette heure ci il faisait jour déjà, et déjà beau.

Je tourne la tête vers les petits bruits dans le berceau. Mon fils est né hier. Mon fils.
Il est si calme, tranquille, si beau.

Mon fils est né hier.

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Le jour où mon amie s’est voilée

J’ai connu Naima il y a une vingtaine d’années, au lycée. Née de parents algériens, musulmane pratiquante, mais surtout amie très proche, drôle, cultivée et terriblement attachante. Ça n’a pas collé tout de suite mais une fois que c’était parti ça a été hyper intense. Elle, M. et moi on était inséparables. Et pourtant  tellement différentes.
On est pas restées très très proches pendant toutes ces années. Pourtant, à chaque fois qu’on se revoyait c’était comme si la dernière fois avait été la veille. On a évolué chacune de notre côté. Elle s’est mariée et a eu des enfants, la religion prenant une place de plus en plus importante dans sa vie, tandis que moi je m’amusais à m’en faire péter le foie, les artères et la tête. Avec M. on s’est jamais trop éloignées par contre. On prenait des nouvelles de Naima de temps en temps, et j’avoue qu’on se faisait souvent du souci pour elle. Elle avait grandi dans une famille très stricte, jamais libre de vivre sa vie et ses envies. On pensait peut être qu’elle casserait ça et vivrait plus libre une fois adulte et indépendante. On a eu peur je crois, qu’après avoir grandi sous la coupe de son père elle ne vive sous la coupe de son mari.

Il y a quelques jours nous avons prévu de nous revoir toutes les trois, et je m’en faisais une vraie joie. La veille, Naima me dit : « il faut que je vous prévienne par contre, j’ai un peu changé de style vestimentaire. J’ai quelque chose sur la tête maintenant, mais c’est toujours moi en dessous »

J’ai eu peur. Pour elle. Je tiens depuis toujours un discours très libre sur le port du voile, que ça ne me dérange que dans une optique féministe, que s’il est choisi et non subi, libre à chaque femme de vivre sa religion comme elle l’entend. Pourtant, là subitement il s’est agi de mon amie. Mon amie si forte et indépendante, mon amie qui s’était battue contre son père pour lui prouver sa valeur, qu’elle méritait autant qu’un garçon de faire des études, de travailler, de s’affirmer. Je me suis dit que finalement elle s’effaçait, qu’elle se cachait, que les principes de son père l’avaient emporté. J’ai eu peur, c’est vrai.
Et puis le jour est arrivé et elle est venue chez moi, avec ses enfants. M. était là aussi avec son fils et son nouvel amour. L’homme de ma vie, mes enfants. Elle est arrivée et je n’ai pas vu un voile. J’ai vu mon amie, maman lionne avec ses petits, femme forte et décidée, fidèle à elle même, drôle, cultivée, et terriblement attachante.

Oui, mon fémininisme et mes tripes sont tristes devant le fait qu’une femme masque sa beauté, se cache et s’efface pour satisfaire Dieu, un homme, un mari, un père, ou qui que ce soit. Mais elle est heureuse. Elle est heureuse parce qu’elle est comblée. Oui elle agi par devoir, ce qui m’est personnellement  totalement inconcevable, mais c’est ce dont elle a besoin, elle. C’est ce qui la rend heureuse. C’est ce qui fait qu’elle est elle.

Je continuerai à avoir peur, bien sûr, je suis comme ça. Mais je ne la jugerai, elle ou qui que ce soit d’autre, jamais pour ses choix ou sa façon de les exprimer.

Les signes ostentatoires comme on dit, ne m’ont jamais gênée ou choquée, moi qui suis totalement athée, pas plus que les édifices religieux, les habitudes alimentaires, les fêtes religieuses et autres. Les religions comme les cultures, comme les langues, les coutumes, sont une richesse dans notre monde qui se lisse et devient fade, uniforme.

Alors non, croiser, côtoyer, confier mes enfants, ma santé, mon argent ou ma vie à une femme voilée ne me posera jamais aucun problème. Parce qu’elle a drôlement raison Naima, en dessous, c’est toujours elle.

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Ma mère

Ma mère est une femme simple. Et extraordinaire. C’est ma maman.
Elle a grandi tiraillée entre des parents qui se déchirent, des grands parents manipulateurs et vampirisants, une mère toute puissante, autoritaire, froide.
Étouffée,  elle s’est enfuie chez son frère. Jeune adulte et fraîchement diplômée, elle a appris de la façon la plus brutale qui soit que l’homme qu’elle appelait Papa et qui était mort quelques années auparavant n’était pas son père. Son monde s’est écroulé et elle a payé le reste de sa vie d’être une bâtarde. Sa mère l’a rendue responsable de tous ses maux. Je n’ai jamais bien compris pourquoi elle avait tant fait souffrir sa fille qui était pourtant l’enfant de celui qu’elle a aimé en secret.

Quand elle a rencontré mon père, jeune étudiant en médecine, je crois qu’elle est assez vite tombée sous le charme. Cultivé, plein d’humour, il portait les cheveux longs et tentait d’échapper à l’emprise de ses parents.
Je suis née pendant les études de mon père, et deux après, mon frère est arrivé à son tour.

Devenu médecin, mon père a commencé à changer. Il est devenu un homme fier, imposant et charismatique. Très sociable, c’était le genre d’homme qu’on aime compter parmi ses relations. Ma mère a alors vécu dans son ombre. Parfaite compagnie en société, elle lui assurait une position de chef de famille.
Mais elle était malheureuse.

Je crois bien n’avoir aucun souvenir de mes parents heureux ensemble. J’ai des souvenirs de disputes, de cris, de larmes. Je me souviens de ma mère écrivant à longueur de temps sur tous les supports qu’elle trouvait, une enveloppe, une feuille qui traine, un vieil emballage. Elle conservait tout ça dans un tiroir et je savais, du haut de mes 8 ou 9 ans, que cet exutoire nécessaire était très douloureux.
Elle travaillait tellement, se donnait totalement aux autres. Elle accompagnait mon père en représentation, devait donner le change et faire l’illusion de la famille modèle. Je voyais peu mes parents à l’époque, souvent absents. Ma clé sur un cordon autour du cou et le micro-ondes pour manger.

Très vite j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Depuis toujours même je crois bien. Mon père, encouragé par l’aura qu’il exerçait et l’influence et les relations qu’il avait, trompait ma mère régulièrement. Personne n’était dupe, même pas moi qui, vers 7 ans, entendant la voiture de mon père quitter le parking tard le soir, prétextais une soif soudaine pour aller faire un câlin à ma mère qui cachait comme elle le pouvait ses yeux rouges.

Quelques temps après il a fini par la quitter et ma mère allait de plus en plus mal. Non seulement elle s’était effacée depuis plus de 15 ans pour cet homme, avait subi la honte et la tromperie, et elle devait en plus être celle qu’on abandonne.
J’ai commencé à avoir vraiment peur pour elle. Elle avait déjà fait des tentatives de suicides et je savais qu’elle recommencerait. Je me dépêchais de rentrer de l’école, je cherchais des prétextes pour aller la voir dans la salle de bains quand elle y restait trop longtemps, tétanisée à l’idée de la retrouver morte.

Pendant ce temps mon père avait refait sa vie avec le diable. Une femme méchante et manipulatrice qui ne se privait jamais de dire tout le mal qu’elle pensait de moi. Je ne voulais rien montrer à ma mère du calvaire que je vivais chez eux. Je ne voulais pas qu’elle se sente responsable et qu’elle en souffre. Alors je faisais comme si tout allait bien.

Mes parents se détestaient. Tout était source d’affrontement. D’affrontements violents. Coups, cris, menaces de mort.
La vie a suivi son cours comme ça jusqu’à ce qu’à 20 ans je quitte la maison de mon père. Je me suis sauvée. Les relations avec ma mère étaient très tendues. On était tout le temps en conflit et on ne pouvait pas rester plus d’une heure dans la même pièce sans se hurler dessus.

Et puis un jour elle a voulu me parler et m’a tout déballé. Les rapports avec sa propre mère, le mensonge familial sur l’identité de son vrai père, le divorce d’avec mon père, sa préférence pour mon frère et les relations compliquées entre elle et moi.
Ça a été très dur, mais dès ce jour on a été très proches. La parole l’a libérée et on a appris à s’aimer,  à s’écouter et à se comprendre.

Le miracle s’est produit quelques années après. Mon fils venait de naître, j’étais chez ma mère. Et là, sans prévenir, elle a proposé d’inviter mon père et sa nouvelle femme, une femme bien plus équilibrée que la précédente.

Depuis 5 ans maintenant mes parents ont cessé de s’entre-tuer. Ils peuvent se tenir dans la même pièce, se parler, se faire la bise, rire.

Grâce à ma maman.

Une dernière fois elle s’est effacée, s’est mise en retrait pour faire valoir les intérêts des autres, mon fils et moi en l’occurrence, avant les siens. J’imagine même pas à quel point ça a dû être difficile et douloureux pour elle. Mais elle l’a fait, et grâce à elle mes enfants peuvent profiter sereinement de leurs grands parents, tous ensemble.

Cette année on a tous fêté Noël chez nous. Et c’était bien.

Merci Maman. Tu es la plus grande Dame que je connaisse. Et je t’aime.

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Haunted

2h du mat passées et je suis toujours éveillée. Je tourne en rond en attendant le sommeil. J’ai déjà regardé 2 films, j’en cale un 3ème. N’importe quoi, pourvu que le bruit couvre les sons qui courent dans ma tête. Je mets des films tous les soirs, pas pour les regarder, pas parce que ça m’intéresse, mais pour couvrir le bruit. Faire diversion. Empêcher les échos de trop résonner sous mon crâne.

Entre 2, les images qui reviennent. Des pensées qui me hantent. Me tourmentent. J’essaie de leur échapper, vraiment, je secoue la tête en me disant que je suis ridicule. Que les petits vont se réveiller bientôt, que je devrais vite dormir au lieu de me prendre la tête pour rien. Pour le passé. Je force de nouvelles images à remplacer les laides. Je pense à ce qu’il faudra faire demain, aux décos de Noël à préparer, aux cadeaux qu’il reste à faire. Mais rien n’y fait et comme un truc magnétique un peu malsain ça revient encore. Plus fort et plus vite. Alors j’arrête de lutter et je me lève. Et j’écris. J’ai envie de lui écrire à lui, l’homme couché à côté de moi. J’ai envie qu’il sache tout ça, qu’il comprenne, qu’il voit. Mais je me retiens et j’écris ici, dans le vide ou l’infini, je sais pas trop. A personne et à tout le monde, à moi surtout, et surtout pour que ça soit ailleurs que dans ma tête.

J’ai lu une fois que quand on faisait un cauchemar, il fallait dessiner l’objet de sa peur. Et puis froisser la feuille, et y mettre le feu. C’est sûrement un peu ce que je fais ici. De toutes façons je sais pas dessiner.

Il va falloir que je trouve une autre solution que d’enchaîner les films pourris. Les enfants eux ils s’en foutent que t’aies pas dormi. Ils veulent leur biberon quand ils se lèvent, et une maman en forme pour faire des câlins, décorer le sapin, faire des gâteaux et essayer le nouveau vélo.

En vrai j’ai peur.

Mais pas une peur concrète, pas une peur rationnelle. Je suis encore hantée par des instants du passé qui m’ont touchée, blessée. Je voudrais tant qu’il comprenne à quel point j’ai eu mal et à quel point la blessure est pas fermée. Mais aussi à quel point je lutte pour la refermer au plus vite. Comme une putain de gangrène malgré tous les soins que j’apporte. Par moment comme ce soir, je suis d’un coup pleine de haine et j’ai juste envie de lui crever les yeux à cette connasse. Et puis je me dis et puis merde, on va bien et on est bien et c’est ce qui compte. Et fuck les connasses et fuck les emmerdes et fuck les jaloux et les vilains pas beaux.

Moi je t’aime et toi tu m’aimes et tous les deux on avance ensemble. Je sais pas pour combien de temps et je veux pas savoir.

Et lui il dort toujours à côté de moi et moi ça va un peu mieux. J’ai toujours la haine mais j’ai moins la rage. Je vais chercher un nouveau film parce que mine de rien ya encore pas mal de boucan sous mon crâne.

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